OK, je suis adulte

par sOlenn

Mais qu’est-ce que tu as foutu ???

Un an que tu n’es plus venue ici. Deux pauvres articles en 2015 et rien en 2016 ! Il s’est passé quoi ? Hein ? Comme ça du jour au lendemain madââââme n’a plus besoin de faire valider ses faits et gestes par autrui ni d’états d’âme à partager, n’a plus besoin de se voir vivre, d’en avoir la preuve sur le papier ?

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Écoute, il s’est passé comme un besoin de me retrouver avec moi-même. En secret. Faire un cocon. Me cocoonner. Sans que personne n’en sache rien. Sans aval à avoir. Ni approbations, ni interrogations, ni rien. Juste moi face à ma vie. Et ne plus me sentir obligée de répondre à aucune injonction de personne – et certainement pas celles de la société.

Et maintenant quoi? Tu t’aimes d’amour, même si tu es parfois toute pourrie et égoïste et cheloue, même si le sentiment d’illégitimité tient fort au corps et qu’il faut lutter encore?

Maintenant je commence à me connaître tellement bien que je ne peux même plus me duper moi-même.

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Purée de merde l’énergie qu’on gagne à ne pas se duper !

Et comment c’est bon de se faire sourire en coin quand on se rend compte que l’on retombe dans de vieux schémas connus au lieu d’en inventer de nouveaux plus à propos, sourire et non s’en vouloir à mort !

Avoue, tu as grandi. Avoue. C’est pas honteux, hein. Bien sûr, tu mets des baskets dorées ou rose fluo et des sweet à capuche Wonderwoman. Oui, être une femme, en porter les apparats, est encore un jeu dans lequel tu te coules parfois avec délice, mais un jeu pas une marche à suivre préétablie. Simone (la seule la vraie, la Simone de Beauvoir) l’a bien dit. « On ne naît pas femme, on le devient ».

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Bon. Mettons que je le devienne…

A ta façon, oui. Avec ces inflexions enfantines dans ta voix, avec ce penchant pour les crottes de nez et la pâte à tartiner aux noisettes ( oui, sagement, tu as remisé le Nutella pour un truc équivalent bio à se damner), avec la peur abyssale d’être responsable de quelqu’un d’autre que toi sans t’y perdre. N’empêche. C’est quand même toi en femme. En adulte. Putain mais lâche-le le mot ! ADULTE. A tout à fait presque éminemment 34 ans c’est pas mal, adulte.

OK, je suis adulte ! JE SUIS ADULTE.

Tu as travaillé à trouver la couleur de chaque instant – toi qui fantasmais à mort et trouvais la réalité toujours irrémédiablement plus pâle. A appris à te démerder pour te trouver là où tu te sens bien et profiter. A accepter le fait d’avoir de la chance et de la saisir sans culpabilité. Et alors que la France s’effondrait, tu construisais. A ton tout petit endroit de ta toute petite vie. C’était presque insolent. Mais tu l’as fait quand même.

Amour fou mais serein. Nouvelle vie dans une maison avec cheminée et jardin et badboy qui, pourtant, après le repas, met de l’eau dans le plat à gratin pour pas que ça accroche et soit dur à laver ensuite ( c’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup. Y’a qu’à regarder dans le Dictionnaire de la symbolique des Plats à gratin). Ami-es toujours aussi attentionné-es malgré la distance Bordeaux-Paris/Lyon/Lille/Montréal/etc. Décollage de ouf pour le Collectif Denisyak et qui promet de belles années de créations à venir comme tu ne l’aurais même pas rêvé. (Pas de spoil, je ne dirai rien…)

Indécente année. Tu as beau eu chercher – et tu es forte pour ça pourtant, chercher la merde, tu as beau eu chercher : rien à signaler. Rien qui n’ait vraiment pu entacher ce que tu construisais. Et c’est là que oui, voilà, oui, tu es devenue ADULTE. Parce qu’il y en a eu des doutes, des déceptions, des crispations, évidemment que oui. Il y en a forcément. (Sinon en fait tu vis dans une série télé sur NRJ12 et il faut s’inquiéter) Mais la nouveauté, la nouveauté c’est que ce n’est pas grave. Que tu les acceptes. Et avec le sourire en coin qui dit : Hahahaha sacrée farceuse de vie, viens voir par là comment je vais faire d’une anicroche un défi.

Un an. Un an pour réaliser ça et ressentir l’envie de le formuler. Faire d’une anicroche un défi. Et décider que dans ce monde shité et effrayant des adultes, il est possible de continuer à s’extasier sur les petites victoires, recommandable d’encore et toujours se réjouir des challenges envoyés, et nécessaire de saisir à pleines mains tout ce qui s’offre de petites beautés.

Bon. Et bah super. Maintenant, fais gaffe, y’a qu’un pas de : je suis emprunt de sagesse à je suis méga-relou, de je suis calme comme une bombe à je suis mou, de j’aime la planète à je mange plus que du tofu, et « va bientôt avoir des licornes qui chient des paillettes en arc-en-ciel autour de toi! Puis tu vas passer au rang des meufs énervantes tellement elles sont heureuses…»(©Narmol)

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T’inquiète. Je gère.

Trou de cul, va ! On te retrouve dans un an, bouddhiste et pratiquant l’amour tantrique?

Nan, promis. On se retrouve avant.

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