Fucking D.I.Y.

par sOlenn

 

Tu vas pas nous faire du D.I.Y. (Do It Yourself) sur ton blog quand même? Il est pas là pour ça. Mais pour quoi alors? Bah je sais pas. Je sais pas! Comme ça. Pour quand t’arrives pas à travailler et que t’as envie d’aller au monde mais que t’as la flemme de décrocher ton téléphone pour dire hé on va boire un verre puis que tu le bois seule chez toi le verre comme ça tu peux rester en pyjama et c’est top. Tu vas pas faire un fucking D.I.Y. en pyjama?

Bah quoi? Y’avait un bâton là sur le bord du chemin. Comme t’en avais marre de marcher – ça faisait 20 minutes déjà 20 minutes au moins – tu l’as ramassé, puis ça t’a fait une canne. T’aimes bien ramasser des trucs. Ça égaye les balades. Une balade sans rien ramasser, ça sert à rien voilà. On dit que c’est le chemin le plus important, mais quand tu marches, toi, il te faut un but. Ramasser un gland, trois myrtilles ou des cailloux, ça peut te suffire. Et là, le bâton. Ni beau ni moche, un bâton. Il t’accompagne jusqu’à la maison.

Tu le ponces un peu avec du papier de verre, puis tu le frottes avec de la javel, comme ça il blanchit, on dirait du bois flotté même, et c’est rudement joli ça le bois flotté, ça fait penser à l’été la mer tout ça, transat-monoï-pastis-merguez. Bref, tu es contente 2 minutes. Puis finalement tu sais pas quoi en foutre de ton bout de bois vaguement flotté. Alors tu tapes Que foutre avec du bois flotté sur Google. Et les meufs – parce que c’est toutes des meufs, à croire que les hommes s’en carrent le cul du bois flotté préférant le bois bandé ou que sais-je- étalent leurs idées de dingues et leurs réalisations choupinoutes. C’en est presque agaçant ces gonzesses qui -je suis sûre ont en plus les cheveux doux et sont toujours parfaitement épilées- savent faire tant de trucs avec leurs mains quand toi à part te tourner les pouces ou te curer le nez

T’es pas jalouse mais tu aimerais tellement savoir tout faire dans la vie tout faire -changer un pneu, reconnaître les étoiles dans le ciel, couler du béton, parler thaïlandais, réussir le gigot de sept heures, lire le braille, faire du savon, des pompes sur une main, de la harpe, des fractions, mettre du rouge à lèvres sans dépasser, siffler avec les doigts mais compter sans, regarder sans toucher, comprendre la physique quantique, faire du houla-houp, etc etc etc, que ça te frustre. L’impression de balbutier toujours tellement le monde est vaste de possibles, et ta tête d’envies. Et quand tu es frustrée tu fronces les sourcils et à force ça va te faire des rides entre les yeux, tu penses à ça et ça t’agace du coup tu manges du sucre et ça ça va finir par te boucher les artères alors ça t’agace encore plus.

Aussi, tu te dit que tu vas faire un bâton comme ELLES, les meufs agaçantes. Un bâton tellement beau que tu pourras l’accrocher au mur puis ta proprio elle dirait rien parce que tu le feras tenir avec du fil transparent et une toute petite punaise de rien du tout alors ça fera pas vraiment un trou – hihihi. Tu peins. Tu t’appliques. Tu tires la langue c’est dire si tu t’appliques. Tu colles des scotchs sur le bâton pour pas dépasser. Tu peins en jaune, c’est moche, tu recouvres en blanc, c’est mieux. Tu penses harmonie harmonie. C’est dur. Pas bâcler c’est dur. Faire juste joli, dur. Parce que t’aimes bien quand c’est un peu raté, ça t’émeut plus. Mais si tu veux être une connasse qui fait du D.I.Y. faut faire propret mignon mon cul c’est du poulet.

T’en as plein les doigts, tu laisses sécher un peu. Puis tu l’accroches. Et voilà. C’est beau. Tu trouves vraiment ça beau. Tu te dis que tu pourrais bien le vendre 45€ dans une boutique de merde. Mais en fait non parce que tu l’aimes vraiment ton bâton de salon. Tu es fière. Tu es une connasse qui fait du D.I.Y. le dimanche et c’est bon.

Bâton de salon © Solenn Denis

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