Solenn denis, fabriqueuse de drames

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On profitera de la mort plus tard

Ouais ouais ouais, je sais, je suis sensée finir d’écrire S P A S M E S -plus qu’une semaine pour boucler ce texte et je suis là, putain, là à frétiller des doigts sur ce blog, incapable de me décoller de ce qui feu aurait été une Remington et qui maintenant a pris la forme d’un ordinateur, et d’assumer qu’en vérité, non vraiment non, je ne suis pas du tout en train d’avancer sur ma pièce… Rhaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!

Autoportrait © Solenn Denis

Et d’ailleurs c’est pareil avec les clémentines. J’veux dire, acheter un cageot de 2,3 kilos de clémentines pour te faire croire que tu vas bouffer des fruits, et puis en réalité te contenter de les regarder s’ennuyer ferme tout en te bâfrant de Stollen ( qui est quand même un peu le seul truc chouette à la période de noël avec les marrons glacés et peut-être les Pyrénéens, encore que, bon, faut aimer avoir un morceau de beurre au chocolat qui fond dans ta bouche – ce qui toi ne te dérange pas, mais en même temps je me demande ce qui te dérange à partir du moment où le mot chocolat est prononcé…), c’est la même merde.

Se faire croire que.

Et puis en fait, non.

Nager entre 2 eaux.

Celle, ultra barat-oij ( c’est du verlan, une astuce diablement perverse que tu as inventé pour que le mot rabat-joie lui-même n’ait pas vraiment l’air rabat-joie ) de la bonne conscience, raisonnable et sérieuse et bien sous tous rapports. On peut l’appeler LA FAYOTTE aussi. Parce que dans le fond, ce qu’elle veut cette bonne conscience de mes 2, c’est être bien sage pour qu’on lui donne un bon su-sucre et qu’on lui caresse la tête en disant : c’est bien, tellement elle a toujours peur de mal faire et d’être nulle et conne et bête et moche et d’ailleurs elle l’est c’est certain et si personne ne s’en est rendu compte c’est seulement parce qu’elle se dissimule dans un sourire super flippant tellement il est comme agrafé à son visage. Et BAM, tu vois un peu qui est insidieusement partenaire de la fayotte ? Mais oui, mais c’est bien sûr ! Le sentiment d’ILLIGITIMITé !

Cette eau là donc, et l’autre, celle de la TêTE DE CON. Celle du plaisir immédiat qui ne veut faire que ce qu’elle veut quand elle veut et merde aux conséquences et j’emmerde le monde d’ailleurs j’en ai rien à foutre et tant pis tant mieux si c’est n’importe quoi. L’ADO quoi. Mais l’ado c’est merveilleux! Parce que la société ne l’a pas encore soumis à sa productivité, à ses cadres, moules, à ses peurs. Que ça résiste. Ça lutte. Ça se rebelle. Même si c’est maladroit parfois. Même si, parce que t’es passée du côté des vieilles connes pas de ta faute mais t’as presque 33 ans et le système t’a eue, à l’usure eue, et que tu peux parfois les regarder avec ce petit sourire qui dit : c’est trop mignon cette naïveté, cette fièvre, cet allant, tous ces émois qui retomberont comme un flan.

Mais putain NON ! Pourquoi ça retomberait ? Pourquoi on serait mou comme ça, défaitiste sur notre action dans le monde, sur notre champ des possibles ? Pourquoi on boufferait pas du Stollen toute la journée et qu’on emmerderait pas le quinoa et les légumes racines ?

Schizophréniquement, tu nages donc entre 2 eaux. Courant froid, courant chaud. Souvent incohérente, parfois équilibriste. Souvent heureuse, parfois perdue à te dire mais c’est qui la vraie Moi? Laquelle ? La Remington ou le Stollen? Les mandarines ou Secret Story?

Non parce qu’il faut parler de ça aussi. De cette culpabilité à aimer la merde. Le temps qu’il a fallu pour assumer que oui, et bien oui, tu aimes la merde aussi. Tu aimes la beauté et la merde. Accepter qu’être un monolithe serait plus flippant qu’autre chose, et que oui, puisque tu es souple, tu peux faire des grands écarts. Tu peux aimer – au hasard- Ron Mueck, Régis Jauffret, Bertrand Blier, Paul Eluard, Tarkovsy, Son Lux, Matthew Barney, Sylvia Plath, Harmony Korine, Wim Mertens, Abramovic, Tod Browning, mais aussi la merde. Super nannny, t’as le droit. Confessions intimes, aussi. Même L’amour est dans le pré. Rihanna et Miley Cyrus et tous ces trucs de bitch. Et pourquoi pas ?

Un arc en ciel c’est beau parce que ça a 7 couleurs, non ? Pourquoi tu devrais être un monochrome ? (Y’a Soulages qui fait ça tellement bien déjà.) Pourquoi tu pourrais pas être plurielle ? Bah ouais. La DIVERSITé EN TOI. La joie d’être une chose puis une autre, et sans que cela soit pour autant de l’incohérence. Non tu n’es pas incohérente, tu es en mouvement toujours. On s’encroûtera quand on aura 100 ans. En attendant, aimons, détestons, réagissons, abusons, votons ( Dimanche, hein ! Je te laisse flipper en regardant ça si jamais tu avais un peu la flemme grosse moule), terrassons évidemment terrassons en terrasse les peurs et amalgames, bouffons de la merde en sachant que c’est de la merde et en appréciant ce petit moment coprophage, baisons surtout baisons pour nous sentir vivant encore et encore, allons au beau, allons au vrai de nous-même, multiple, et surtout, ne nous laissons pas enterrer avant l’heure. La mort, on aura tout le temps d’en profiter plus tard.

Cadavre exquis © Solenn Denis

Fucking D.I.Y.

 

Tu vas pas nous faire du D.I.Y. (Do It Yourself) sur ton blog quand même? Il est pas là pour ça. Mais pour quoi alors? Bah je sais pas. Je sais pas! Comme ça. Pour quand t’arrives pas à travailler et que t’as envie d’aller au monde mais que t’as la flemme de décrocher ton téléphone pour dire hé on va boire un verre puis que tu le bois seule chez toi le verre comme ça tu peux rester en pyjama et c’est top. Tu vas pas faire un fucking D.I.Y. en pyjama?

Bah quoi? Y’avait un bâton là sur le bord du chemin. Comme t’en avais marre de marcher – ça faisait 20 minutes déjà 20 minutes au moins – tu l’as ramassé, puis ça t’a fait une canne. T’aimes bien ramasser des trucs. Ça égaye les balades. Une balade sans rien ramasser, ça sert à rien voilà. On dit que c’est le chemin le plus important, mais quand tu marches, toi, il te faut un but. Ramasser un gland, trois myrtilles ou des cailloux, ça peut te suffire. Et là, le bâton. Ni beau ni moche, un bâton. Il t’accompagne jusqu’à la maison.

Tu le ponces un peu avec du papier de verre, puis tu le frottes avec de la javel, comme ça il blanchit, on dirait du bois flotté même, et c’est rudement joli ça le bois flotté, ça fait penser à l’été la mer tout ça, transat-monoï-pastis-merguez. Bref, tu es contente 2 minutes. Puis finalement tu sais pas quoi en foutre de ton bout de bois vaguement flotté. Alors tu tapes Que foutre avec du bois flotté sur Google. Et les meufs – parce que c’est toutes des meufs, à croire que les hommes s’en carrent le cul du bois flotté préférant le bois bandé ou que sais-je- étalent leurs idées de dingues et leurs réalisations choupinoutes. C’en est presque agaçant ces gonzesses qui -je suis sûre ont en plus les cheveux doux et sont toujours parfaitement épilées- savent faire tant de trucs avec leurs mains quand toi à part te tourner les pouces ou te curer le nez

T’es pas jalouse mais tu aimerais tellement savoir tout faire dans la vie tout faire -changer un pneu, reconnaître les étoiles dans le ciel, couler du béton, parler thaïlandais, réussir le gigot de sept heures, lire le braille, faire du savon, des pompes sur une main, de la harpe, des fractions, mettre du rouge à lèvres sans dépasser, siffler avec les doigts mais compter sans, regarder sans toucher, comprendre la physique quantique, faire du houla-houp, etc etc etc, que ça te frustre. L’impression de balbutier toujours tellement le monde est vaste de possibles, et ta tête d’envies. Et quand tu es frustrée tu fronces les sourcils et à force ça va te faire des rides entre les yeux, tu penses à ça et ça t’agace du coup tu manges du sucre et ça ça va finir par te boucher les artères alors ça t’agace encore plus.

Aussi, tu te dit que tu vas faire un bâton comme ELLES, les meufs agaçantes. Un bâton tellement beau que tu pourras l’accrocher au mur puis ta proprio elle dirait rien parce que tu le feras tenir avec du fil transparent et une toute petite punaise de rien du tout alors ça fera pas vraiment un trou – hihihi. Tu peins. Tu t’appliques. Tu tires la langue c’est dire si tu t’appliques. Tu colles des scotchs sur le bâton pour pas dépasser. Tu peins en jaune, c’est moche, tu recouvres en blanc, c’est mieux. Tu penses harmonie harmonie. C’est dur. Pas bâcler c’est dur. Faire juste joli, dur. Parce que t’aimes bien quand c’est un peu raté, ça t’émeut plus. Mais si tu veux être une connasse qui fait du D.I.Y. faut faire propret mignon mon cul c’est du poulet.

T’en as plein les doigts, tu laisses sécher un peu. Puis tu l’accroches. Et voilà. C’est beau. Tu trouves vraiment ça beau. Tu te dis que tu pourrais bien le vendre 45€ dans une boutique de merde. Mais en fait non parce que tu l’aimes vraiment ton bâton de salon. Tu es fière. Tu es une connasse qui fait du D.I.Y. le dimanche et c’est bon.

Bâton de salon © Solenn Denis

Et les cadavres seront exquis

Les jours où tu prends tes ciseaux parce que t’as plus de mots, puis que tu laisses faire le hasard. Presque.

 

 

 

Mettre les voiles

        Quinze ans que tu étais montée à la capitale, six ans que tu vivais dans ton riquiqui studio où tu avais cru que tu ne resterais qu’un instant. Mais on s’enlise parfois. Puis les pages se tournent d’un coup. D’un coup, la fin du livre. Tu ne t’étais pas même rendue compte que tu en étais arrivée là. Électro-choc au Canada.

Île aux coudres - Québec- 2014

Île aux coudres (Québec)

Rentrant de tes trois mois là-bas, l’automne et l’évidence: tu ne veux plus Paris. Ne plus subir cette ville en permanence. Son énergie hystérique, son agressivité ambiante, son nombrilisme écœurant, ses cages à rat louées à prix exorbitants, ses je te marche sur les pieds parce que y’a tellement pas de place ici qu’il faut jouer des coudes sans cesse. Alors prendre du recul pour s’émerveiller de nouveau.

Il a fallu le temps de mettre cela en place. Réfléchir à 2 fois. Ne pas aller trop loin. Parce que, malgré tout, tu as encore beaucoup à faire là-bas et beaucoup de gens à aimer encore. Juste s’extraire un peu. Alors Lille. Parce que c’est presque Paris. Tu n’es jamais qu’en grande banlieue. Une heure de train. A peine le temps de te faire un jeu de plateforme en faisant cavaler un Super Héros imaginaire dans le paysage qui défile par les fenêtres du train. Et voilà, maintenant Paris et Lille ont la garde alternée de ta carcasse.

Qu’est-ce que tu vas aller foutre là-bas? On te demande. Mais tu vas te faire chier mon dieu chier comme un rat mort. Puis tu connais personne. Puis il fait un temps de merde, non? Pas de réponse. Tu hausses les épaules. On verra. La vie, on sait pas. Elle va.

Et te voilà dans ton antre d’écriture, comme un rêve, l’antre est immense, le balcon parfait pour griffonner à l’air libre au-dessus des toits, le calme aux alentours, la vie sociale au ralenti pour moins de tentations apérotiques -même si les gens du Nord ont, paraît-il, un levé de coude des plus loquaces, à toi les chicons le maroilles et les merveilleux, à toi aussi la vie folle de Paris parfois, régulièrement même, à la cool quoi, parce que tu la kiffes dans le fond même si elle pompe tout de toi.

Toits & Moi - Lille- 2015

Toits & Moi (Lille)

Alors continuer la vie de vadrouille. Tu en as pris le pli. Ton travail t’emmène de l’Aquitaine à la Normandie, du Pays Basque à l’Isère, du Nord au Vaucluse. Et tu aimes ça. Même si c’est crevant. Rien ne vaut le délice de rentrer chez soi, parce qu’on en est parti. Comme l’amour. Laisse-toi me manquer, que je te désire toujours. Tu es très comme ça. Tu aimes le mouvement, le roulis. Même si celui-ci n’est possible que parce que le bateau est solide. Mais l’équipage est sur le pont, il veille au grain. Les voiles déchirées ont été raccommodées, les cales sont saines, je ne suis pas un homme mais je suis capitaine d’un bateau vert et blanc.

Delta Charlie Delta / 7 Janvier 2015

Tu sais quoi? Ça marche pas. Ça marche pas parce qu’on va s’exprimer plus fort encore. Penser plus fort, parler plus fort, écrire plus fort, dessiner plus fort, chanter plus fort, danser plus fort, rêver plus fort. On va vivre en majuscules. Oui, nos lettres seront capitales, nos mots tranchants, on mettra des points sur les i de ce qu’on accepte ou pas. Être bâillonnés, c’est non. Être intimidés, c’est non. Rester rangés, c’est non. Parce que ça hurle dedans moi si tu veux me faire taire. Et j’ai une putain de voix aiguë qui va te percer les tympans.

‪#‎JeSuisCharlie‬

Delta Charlie Delta © Solenn Denis fabriqueuse de drames

 

Alors concrètement être là.
Tout de suite.
Et pour longtemps.

[Que ceux qui se nomment Charlie, brandissant bannières et compagnie, et qui le peuvent financièrement (même si c’est pas la fête du slip en fin de mois), aident le journal à se relever et symbolisent leur soutien de manière concrète et engageante.]

Je suis Charlie = Je m'abonne

Une fois l’émotion et les rassemblements passés, chaque semaine un memento mori afin de rester éveillé…

*

Delta Charlie Delta

 

 

 

 

 

 

L’utérus de la révolution

     Les pensées de quand tu t’endors. Celles qui filent du coq à l’âme, celles qui se développent dans une espèce de flou artistique pas franchement intelligible, auxquelles tu t’accroches alors que tu es en train de sombrer et qui te paraissent tellement formidables. Le lendemain au réveil, elles te reviennent parfois, et alors tu te dis : What The Fuck ?

Pourtant, tu pensais tenir une épiphanie ( oui, un peu en avance, on est le 24 décembre seulement, mais parfois, la vie c’est le chaos), une illumination, putain d’idée de folie. Mais comment n’a-t-on pas pu y penser plus tôt ? Oui, soudain tu sais comment les femmes peuvent changer le monde, soudain l’évidence.

« Meufs, votre utérus peut révolutionner le monde ! »

Les femmes ont une chose, une seule, que les hommes n’ont pas, elles portent puis donnent la vie. Et c’est quand même pas rien, ça. Alors si elles disaient non, non moi ce monde il ne me va pas, et je refuse de rester sans rien faire, or il se trouve que j’ai une arme en moi, puissante, un moyen pour convaincre les dirigeants de changer les choses : celle de faire s’effondrer la démographie. Juste avec mon utérus, je peux faire s’écrouler à mort la démographie du monde entier. Bon pas juste moi bien sûr, moi toute seule ça fera rien. C’est moi et toutes les femmes qui diraient non non non on va pas continuer comme ça non. Et on est déterminées. On ne fera plus d’enfants tant que cela continuera à vau-l’eau ainsi, plus d’enfants tant que ( liste au choix et à compléter –Nb: Oui cette liste est consensuelle oui bon je sais j’ai la forme mais pas le fond bon ok j’ai pas la fibre révolutionnaire, je fais ce que je peux mais c’est pas facile quand tu pars de si loin. Liste donc à améliorer SVP) : la parité ne sera pas efficiente, on dépouillera les pays Africains de leurs ressources, on laissera des gens dormir dans la rue, les banques dirigeront le monde, Monsanto pourra agir en toute impunité, la performance et le rendement primeront sur la solidarité, on acceptera de rester immobile face à l’effondrement de l’éco-système, etc etc etc.

Ah ah ! Ils seraient bien embêtés, non ? Parce qu’un pays qui meurt c’est pas la classe à Dallas ! Alors ils seraient obligés de faire quelque chose. Et pas un petit truc tout bidon, hein, non, parce que sinon, nous, on restera le ventre vide. De grands changements.

Évidemment, pour cela il faut sacrifier une ou deux générations de possibles mères, mais bon, ça va, y’a plein d’autres trucs à faire dans la vie que de pondre, même si ce sera vachement triste sans doute pour certaines, mais pense après, imagine ces générations d’adultes et d’enfants qui auront un monde plus beau, plus juste, plus respectueux, plus sain. C’est quand même une bonne action, non ? Je veux dire, y’en a plein des gens qui ont sacrifié leur vie pour défendre des causes qui leur semblaient primordiales, alors choisir de ne pas donner la vie pour changer l’Humanité entière, ça peut être un très grand projet, non ? Beaucoup plus grand que juste changer les couches de ton morveux. Changer le futur de tous les Hommes ! La dinguerie !

(Un temps. L’excitation retombe.)

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Tu prends ta tête dans tes mains. Ça te fait faire la moue. Tu te dis que si personne n’y a pensé avant, c’est que forcément c’est une idée pourrie, que sinon ça serait fait déjà, de toutes façons aucune femme ne voudra sacrifier la mère en elle, et tout le monde criera au grand n’importe quoi. Et tu te rappelles alors que ta naïveté confine à la sottise, parfois.

Pourtant, en t’endormant, ça te semblait une idée méchamment géniale. Tu voyais les gros titres déjà : Grève de l’enfantement en 2015, puis dans les livres d’histoire de demain : En 2015, les femmes ont changé le monde. En s’alliant et en faisant pression sur les dirigeants politiques, économiques et sociaux, au moyen d’une ferme cessation d’activité de pondeuse, les femmes ont fait chuter le taux de natalité dans tous les pays du monde semant ainsi la panique chez les dirigeants qui ont été obligés de réinventer l’ordre de marche de leur monde tout pourri.

Ça avait l’air bien. T’y as cru vraiment. Au moins dix minutes. Puis tu as réalisé que tu n’étais pas un génie, et que ça ne marcherait jamais. Qu’on nous avait tellement mis dans le crâne qu’une femme était faite pour avoir des enfants et pour rien d’autre que ça que le mouvement Change le monde, fais-toi ligaturer les trompes ne prendrait jamais. Reproduis-toi ou crève. C’est un peu ça. L’obligation d’enfanter. Sinon tu ne sers à rien. On n’en est pas sortis. On ne s’en sort pas. Ça me broie.

On sauvera pas le monde alors ?

Pas comme ça.

Mais comment alors ? Non, parce que c’est pas avec tes couilles qu’on a avancé ces dernières années… Non, vraiment, je ne vois pas.

Et l’idée meurt dans l’œuf. Et Jésus vient au monde. On bouffe de la dinde pour oublier. On regarde l’aïeul jouer avec son dentier, on observe les enfants déballer hystériquement leurs cadeaux. Oh une poupée pour la petite fille, un camion pour le petit garçon. Et on se dit qu’on est bien dans la merde. Pour des siècles et des siècles. Amen.

Jesus de Montréal

Si ça continue j’vais m’découper, selon les points, les pointillés, oh vertige de l’amour!

Les jours où les doigts ne veulent pas écrire. A moins que ce ne soit la tête. Ça connecte pas ensemble. L’envie est là, diffuse, assez trouble. Mais comme pas le courage. Tu sais que si tu t’y jettes, alors ce ne sera pas juste un instant. Que cela va happer ta vie entièrement, repartir pour un tour. Toi, la tête dans l’ordinateur, tes pensées toutes à ça, cette nouvelle chose qui surgira. Mais pas aujourd’hui. Parce qu’il faut d’abord finir des trucs, et c’est chiant de finir des trucs, moi j’aime commencer seulement. L’excitation du début. Alors pour ne pas finir, tu fais des cadavres. Faire comme si tu faisais quelque chose, et pourtant tu bottes en touche, te soustraies au travail qui t’attend. Tu te divertis voilà. La conscience tranquille de savoir que tu tireras tout de même quelques sourires aux gens. Alors la journée n’est pas perdue. Même si les doigts sont en béton. Et la tête en carton.  Les cadavres s’étalent là. Concrets. Rassurants.

Le dimanche c’est cadavre

Retour à la réalité. Chapeaux de roues. Tu cours pas, tu voles. Être allée te faire voir ailleurs pendant 3 mois t’a rendue à Paris neuve. C’est décidé, tu vas quitter la ville des lumières pour de bon. Pas aller loin vraiment, trop de choses sont en cours, le travail à venir pétulant toute l’année. Mais partir tout de même. Une nouvelle ville. T’as mis tes ailes de paon. Parce qu’il y a comme un œil dessiné au milieu. Pas mauvais l’œil. Des yeux dans le dos. Tu veux être voyante, pas comme Madame Soleil, non, comme Rimbaud.

« Je veux être poète, et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. − Pardon du jeu de mots. −  Je est un autre. » (Lettre  à Paul Demeny, 15 Mai 1871)

cadavre exquis de laideur © Solenn Denis

Cadavre exquis du dimanche

Montréal/ Carnet de Bord Foutraque 5 -Special NYC

On t’avait tellement dit: tu vas a-do-rer New-York, que t’avais peur de ne pas aimer du coup. Non par esprit de contradiction, mais juste parce que, tu en aurais attendu quelque chose. Et y’a pas pire pour être déçue que d’espérer quelque chose. Mais en fait non. Tu as mangé une bonne grosse claque dans ta tronche tellement c’était incroyablement bien, et bien au-delà de tout ce que tu avais pu imaginer…

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Se la péter à New-York. Tchek.

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Un jour j’irai à New-York avec toi !

Mardi 16 Septembre

Nuit de bus. Huit heures à dormir en morceaux, quelques heures par ci par là, entre deux éclats du colonel-chauffeur agressant les voyageurs pour qu’ils aillent au duty-free, à la douane, et qu’on ferme cette putain de porte des chiottes merde !

On t’avait parlé de l’arrivée sur New-York au petit matin, skyline sublime dans le soleil qui pointe. C’est vrai. Mais t’as intérêt à être aux aguets, parce que t’as deux minutes à peine pour ouvrir l’œil, puis tout disparaît. Après, t’as plus qu’à aller arpenter la ville pour de vrai…

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Vous posez vos valises dans l’immense appartement des adorables Julie & Brady, chopé sur AirBnB, à deux stations de Manhattan par la ligne L, en plein cœur de Williamsburg dans Brooklyn.  (Genre l’appart de rêve quoi! ) Un yerba maté dans le troquet du coin, The West (qui deviendra notre QG pour le petit-déjeuner, ses bières délicieuses, et sa Kombucha à la pression), une petite sieste, et en route ! Direction Union Square, le cœur de Manhattan. La foule est métissée, les taxis jaunes. Dans Madison square, les gens y font leur pause de midi et chacun mange sur ses genoux. Vous faites de même, choisissez parmi une dizaine de food-truck garés aux alentours, celui qui vous plaît le plus.

Crêpes, tacos, burger, rouleaux de printemps végé ? Hum… Plutôt du homard tiens ! Depuis le temps qu’on te dit que de ce côté de l’Atlantique il n’est pas cher, il est l’heure de le goûter. Homard Mac&Cheese. Ouhlala un hamburger au homard, je veux ! Bon, en fait, Mac&Cheese, ça veut dire pâtes au fromage. Bah oui, Mac pour macaroni, et non pas pour Big-Mac. Et voilà le homard perdu dans la sauce fromage sans goût. C’est pas terrible c’est vrai, mais c’est quand même manger du homard à New-York, alors tu souris.

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L’Empire State building se dresse, un peu riquiqui en fait. ( Mais bon sang où est Godzilla?) Toi et le homard Mac&Cheese agrippé à ton ventre, marchez marchez marchez. Entre cinq à sept heures par jour. Tu crois que t’es presque arrivée, et non t’as encore trois blocs à parcourir soit une demi-heure à pied. New-York c’est pire que de faire St Jacques de Compostelle!

Vous remontez l’avenue jusqu’au fameux Times Square qui clignote de milles feux. (On apprendra d’ailleurs que les boutiques situées autour de la place ont l’obligation d’avoir des enseignes lumineuses, ceci expliquant cela.)

Moto-crotte policiers-New-York

Ici, la Police  circule parfois dans ce petit véhicule ridicule…

 

Pause dans un bar à huîtres où il ne sera pas question d’huîtres pour nous à 16h de l’après-midi, mais bien de bière. Là tu t’amuses à faire des cadavres exquis sur le pan de mur aimanté qui s’offre à toi. Ça t’occupe bien une heure. Bon, on a des trucs à visiter, tu viens ? Oui oui. Nan mais tu viens ? Oui, j’arrive ! Encore deux minutes! Allez ! Encore une. Allez !!!! A y est, j’ai fini !

Le soir, dans notre quartier merveilleux de Williamsburg -cœur avec les doigts, arrêt au Commodore, un bar des années 70, sombre et cuir, lumières tamisées pour boire un cocktail jamais bu : le Mint Julep. Un cocktail au bourbon! Mais oui, mais oui, c’est très bon. Fort un peu, non ? Fort, oui oui, vous êtes bourrés. Il faudrait manger quelque chose… Le Lonely Planet dit qu’ils font ici des hamburger à tomber. Voyons voir ça. Effectivement, on tomber à la renverse. Sous la table. On est beaux.

***

Du MOMA aux toits de New-York

Mercredi 17 Septembre

Petit métro du matin pour rejoindre Manhattan. Et là, amour. Sur le quai, un guitariste à la voix sublime et au physique gros nounours de Rover, timide, adossé sur le mur, gargantuesque. Voix de ouf, tes poils se dressent, voir même tu chiales un peu, et vous laissez passer des rames de train pour l’écouter encore un peu encore un peu encore un peu, avant de le noyer sous une pluie de $$$$$. ( Bon pas une pluie, une ondée quoi, un crachin.)

Direction le MOMA. Le musée mythique qui ratisse l’art contemporain je te dis pas comment ! ( Même si la collection ultra-comtemporaine n’est pas ouf de chez ouf).

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Dès que tu rentres dans le musée, tu tombes en sidération devant la toile  Christina ‘s world  d’Andrew WYETH. En 1948, Wyeth a peint sa voisine atteinte de la polio. « She was limited physically but no means spiritually ». Et le tableau ultra réaliste -il faut voir chaque brin d’herbe, est teinté d’un mystère effrayant, comme la première phrase d’un roman écrit par un génie. Et toi, tu peux te raconter les milles suites possibles. Impressionnant.

Le plaisir de retrouver Klimt, Soutine, Matisse, Picasso, et les nympheas mégalo-panoramiques de Monet sur douze mètres. De découvrir Mme Kupka among verticals de Kukpa, Koloschka, Figure d’André Masson, Animals de Rufino Tamoyo, Hide and seek de Tchelitchev, Two sisters de John D Graham, Tote( dead) de Gerhard Richter, Blatt de Lynda Benglis, Rauschenberg, The picture of Dorian Grey de Allen Ruppersberg, ainsi que les photographes Peter Hujar, Robert Franck et Anna and Bernhard Blume qui resteront les plus marquantes rencontres de la journée pour toi. (Avec aussi le fauteuil fou de Yayoi Kusama, Accumulation n°1, qui devrait inspirer les scénographes de Sandre pour sa création de décembre, tellement il t’a tapé dans l’œil…)

Cinq heures plus tard, vous ressortez rincés. Vous passez voir la Rockfeller tower parce que Matthew Barney y avait placé l’action d’un de ses Cremaster alors tu voulais monter voir en vrai, mais en fait on peut pas. (NdA: Puis en fait tu t’es trompée, c’est en haut du Chrysler Building et non pas du Rockfeller alors bon…) Vous errez dans le hall. Vingt ascenseurs montent et descendent, tu les vois progresser sur un tableau où chacun clignote pour indiquer sa position, c’est assez fou, on se croirait dans un film absurde de Tati !

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Pour ne pas rester sur cet échec de grimpette, vous allez sur le roof du Strand Hotel, au 21ème étage, bar branchouille avec vue sur l’Empire State building. Vous vous la pétez un peu en savourant des cocktails. Le truc t’arrache la gueule, un machin à base de citron et japalanos, petits piments dont une rondelle flotte dans ton verre à la place d’une tranche de citron. Ça attaque  sévèrement les papilles mais on n’a pas connu plus désaltérant au monde!

Roaf / New-York

C’est pas le compas que t’as dans l’œil, c’est l’Empire State!

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Le jour où vous avez été des touristes beaufs

Jeudi 18 Septembre

Dans le métro, on se dit, et si on retombait sur le chanteur magique ? Et hop, miracle, il est deux stations plus loin. On fait coucou de la main. (En fait non, mais ça faisait une allitération en in, j’aimais bien. En réalité on a fait : oh merde trop tard le temps de l’apercevoir sur le quai, pas le temps de descendre, les portes s’étaient déjà refermées. Mais ça rime en rien. )

Aujourd’hui c’est Statue de la liberté. Faut ce qui faut. On va quand même pas pousser à aller faire la queue comme des crevards pour monter sur sa tête, mais on choppe le ferry qui propose gratis une traversée d’une demie-heure jusqu’à Staten Island, puis retour, traversée pendant laquelle, toi et la foule de touristes observez la dame bien dressée. Soleil. Reflets sur l’eau. Skyline de Manhattan au loin, franchement c’est cliché à mort, mais c’est beau.

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Puis, vous filez au World Trade Center. Impressionnante ébullition autour du site. Des centaines d’ouvriers, de policiers aussi, s’affairent ou déjeunent c’est selon. Des centaines. Et la foule de touristes. Les hommes de lois te tiennent derrière une barrière pour t’empêcher de traverser quand ce n’est pas à toi, tellement cela se presse. Des travaux partout. Toi qui aimes ça, les grues, casques de chantier, gilet fluorescents, bétonneuses et autres véhicules de travaux publiques, tu es comblée !

Se dresse la nouvelle tour construite, sort de terre le centre commercial à venir encore en cours de réalisation, mais surtout le Mémorial. Tu ne t’attendais à rien de précis, tu n’y serais sans doute même pas allée si le guide de voyage n’avait pas évoqué l’endroit comme une chose majeure à voir tellement c’est beau. Et c’est vrai. A l’endroit exactes des ruines des deux tours, les deux plus belles fontaines jumelles jamais vues au monde. Belles et terribles. Une fontaine qui s’enfonce dans le sol, l’eau qui chute sur neuf mètres de profondeur dans un abysse. C’est dingue à quel point c’est bouleversant et symboliquement puissant. Tu es scotchée.

Ensuite, vous vous rendez à l’East Village reprendre des forces dans un formidable restaurant vénézuélien. Caracas. Putain de délice de milk shake à la noix de coco, et Arepas, pain de maïs contenant de la purée d’avocat, des tomates, du fromage et piments. Ouhloulou que c’est bon ! ( On ira au Vénézuela, hein dis, on ira?)

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Puis, vous vous baladez dans ce quartier populaire et branché aux façades défraîchies ou super neuves, sans entre deux. Vous passez au New Museum Of Contemporain Art, mais cette expo temporaire sur des artistes arabes, plus documentaire qu’artistique, te laisse pantoise. Les artistes contemporains du Maghreb sont beaucoup plus talentueux que ça, tu en avais découvert quelques uns à l’Institut du Monde Arabe à Paris, alors tu oublies celle-là qui ne leur fait pas vraiment honneur, et tu gardes le souvenir des toilettes du musée. Le carrelage noir y est tellement rutilant, tellement brillant que l’on s’y reflète comme dans un miroir. Ainsi donc, alors que tu fais ton truc avec ta vessie, tu peux allègrement regarder ta voisine remonter sa culotte. Franchement les gars, c’était pas la peine de mettre des portes avec un carrelage pareil! ( Nb: Les portes des toilettes publiques aux USA finissent toujours à 30 cm du sol et 1m50 du plafond, autant dire que tu dépasses de tous les côtés et pisses en apercevant au moins les pieds de tes voisines…)

Après, vous marchez des heures encore, vous traversez le pont de Williamsburg. C’est chouette. Beau comme chouette. Le métro passe en dessus de tes pas et fait vibrer le pont, les voitures plus bas encore, les vélos sur une voie à gauche, les piétons sur une autre à droite, chacun sa route, chacun son chemin, y’en a pour tous les goûts. Pour toi, ce sera : sur les rotules.

On pousse quand même à faire un petit saut au Cabinet des curiosités de Brooklyn à deux pas de la maison, fouillis pas possible de minis-trésors comme ceux que se fabriquent les enfants, à base de capsules de bières, de cailloux, de tickets de spectacle, etc… Drôle et improbable. Puis y’a plus personne, on s’échoue comme des baleines en voies d’extinction.

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De l’art et de l’herbe

Vendredi 19 Septembre

Deuxième plus grand musée de New-York, le MET. Allez, c’est reparti pour s’enfermer cinq heures avec des croûtes! L’exposition temporaire incroyable du photographe Garry Winogrand fait ton régal ( Parisiens, guettez-moi ça au Jeu de Paume du 14 octobre au 8 février, c’est vraiment à tomber!) Puis tu retrouves tes petits chéris Lucian Freud, Chuck Close ( découvert à Toronto), Mark Tansey (aussi), Dubuffet, Balthus, Giacometti, Hopper, Bacon, Ingrès. A force de croiser les mêmes peintres, voir même les mêmes peintures déclinées, on a l’impression de retrouver des amis qu’on connaît, c’est amusant, pour un peu on causerait aux toiles… Puis, tu rencontres Alex Katz, George Tooker, Leonora Carrington, John Graham, Leon Spilliaert, Xavier Mellery, Ilia Efimovich Repin, puis restes scotchée devant le travail tellement moderne de Jean-Léon Gérôme, peintre du 19ème siècle.

 

Balade à Central Park. Tu te crois dans Annie Hall de Woody Allen (ou à peu près n’importe quelle comédie romantique américaine). C’est feuillu, c’est pelousé, les enfants courent, c’est goudronné pour les runneurs, c’est parfait pour chacun quoi. Bon, c’est un parc, hein, mais sa particularité est d’être vraiment immense, mais vraiment vraiment, en plein cœur du centre ville. Un peu comme si un quartier entier de Paris était un parc public… Genre aucun risque qu’ici tu te retrouves les uns sur les autres comme au parc des Buttes Chaumont lors des premiers rayons de soleil où c’est pire que la Côte d’Azur!

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Fantômes à Chelsea, Selfies sur le pont

Samedi 20 Septembre

Vraiment chouette promenade en hauteur sur la Hight Line, sorte de Coulée verte mais 100 000 fois plus classe avec des tas de plantes, d’odeurs, et de points de vue déments sur la ville.

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Déjeuner face au Chelsea Hotel, fermé pour travaux ( à moins que ce soit pour la vie). Tu penses à tous ceux qui sont passés par ici: Ginsberg, Bukowski, Burroughs, Kerouac, Kubrick, Jimi Hendrick, Tom Waits, Sid Vicious ( où il aurait assassiné dans la baignoire sa Nancy Spungen ), Patti Smith, Joan Baez, Frida Kahlo, etc etc etc, et ça te fait quelque chose. Un truc.

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A pied, vous traversez le célébrissime Brooklyn Bridge. Le plus long pont suspendu au monde où  il se passe des trucs dingues comme par exemple The amazing Spiderman 2 qui y fait des cavalcades dans les airs avec ses toiles d’araignée pour sauver sa meuf. Bref, la foule s’y presse et se selfise. Vous jouez des coudes pour avancer. C’est un peu tannant, comme disent les québécois.

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Puis vous vous perdez dans Brooklyn, cette partie là de Brooklyn que vous ne connaissez pas tant le quartier est immense. Sans carte difficile de se repérer au pif. D’abord c’est assez moche pendant longtemps, puis cela devient chouette, des juifs à toques et belles papillotes sortent de chez eux par dizaines. Sans doute une célébration se prépare…

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Vous tombez enfin sur un métro qui vous ramène dans les pénates. Pas loin de Bedford Avenue, bien bobo. A la friperie Buffalo exchange, tu furètes, et même pas très bien et même pas très longtemps – tu es nulle en fripes, mais pourtant tu déniches ces petits escarpins Paul Smith presque neufs brillants comme de l’or pour 42$. Une affaire. Je les veux, je ne les porterai jamais parce que je sais pas marcher avec des trucs hauts comme ça, mais des Paul Smith au prix Tati, je les veux. ( Puis je me prends pour Malia dans Purple Shoes sauf que je garde mes habits. ) Je tombe aussi sur une petite cape en laine, totalement démodée depuis dix ans – donc potentiellement de nouveau à la mode en 2024, qui sera parfaite pour les frimas qui s’annoncent à Montréal déjà. A y est, tu es potentiellement une super héroïne.

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Féminisme, talons hauts et manteau de fourrure

21 Septembre

Vous vous êtes dit, hé si on allait à Harlem voir une messe en gospel. Genre le cliché quoi. T’avais envie depuis toute petite d’entendre ça. Vachement même. Il paraît que c’est fou. Mais y’a tellement de touristes qui font la queue sur le trottoir, alors même que l’office est une demi-heure plus tard, que vous avez beau poireauter comme des ânes, vous ne rentrez pas. Grosses boulasses.

Balade dans Harlem, où vous êtes les seuls touristes, les seuls blancs aussi, on vous regarde, parfois avec un sourire, parfois les yeux semblent vouloir dire: mais que fais-tu là enfin? Puis direction le Brooklyn Museum, musée le plus foutraque jamais vu dans le coin. Mis à part l’exposition temporaire très bien fichue,  Hell wings  où sont exposées des chaussures super vieilles du temps où les gens portaient des perruques blanches ou des trucs comme ça, mises en parallèles avec des chaussures de grands couturiers, exposition qui aurait rendue folle ( de joie? de rage?) à peu près n’importe quelle gonzesse sur terre, et même si t’es pas folle de chaussure, c’est quand même incroyable les pièces de collection qui sont là, hallucinantes, entre perversité à inventer de pareilles tortures pour ces dames, et beauté pure de l’objet.

Mis à part ça, c’est d’un bordélique,  pire qu’une chambre d’ado, tout est mis un peu n’importe comment sur les murs, les toiles les unes à côté des autres sans liens ni sens. En fait, tu ne voies rien, tes yeux, ils n’y arrivent pas. Tu réalises à quel point la scénographie de l’accrochage, le choix des toiles, et leurs accords, est important et précieux. Mis à part The dinner party, la pièce maîtresse de la collection permanente, celle qui vous avait fait venir jusqu’ici, travail féministe de Judy Chicago, le reste est vraiment bof bof. Mais The Dinner party est dingue. Vraiment. Alors on regrette pas le détour.

On a oublié de manger aujourd’hui non ? Ah ouais. Allez hop, restaurant Zizi Limona, choisi pour son nom bien évidemment, à 16h de l’après-midi. Houmous de folie, aubergine entière grillée, et un dessert mon dieu un dessert avec de la glace au miel de sauge, de chantilly au chocolat blanc et de banane au caramel. Toi-même tu peux imaginer… Oui, j’ai léché l’assiette.

Puis fripes again. Là, ce manteau de fourrure qui te tend les manches. Tu le mets sur tes épaules. Un doudou tellement c’est chaud et tendre. Oh non, non, tu penses aux pauvres petits lapins innocents, oh non, élevés juste pour ça et puis pelés à vif, assassinés pour me tenir chaud non non non c’est trop horrible. Combien ? 75$. Ok, j’le prends. J’aurais p’t être la gueule d’une meurtrière, mais j’aurais pas froid cet hiver. ( Tu as honte. C’est bon la honte.)

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Guggenheim New-York = de la crotte.

Lundi 22 Septembre / Mardi 23 Septembre

Depuis 2005 que tu étais passée au Guggenheim de Venise, tu t’étais dit: je veux faire tous les Guggenheim du monde tellement c’est merveilleux! Tout ça pour que, presque 10 ans plus tard, tu sois la plus déçue des déçues. La moitié du musée fermée, même l’escalier en escargot pour lequel il est réputé. Une vingtaine d’œuvres se battent en duel. Plutôt intéressantes d’ailleurs, mais juste ça fait pas grand chose à se mettre sous la dent, une petite galerie aurait pu faire aussi bien. Les boules les glandes les crottes de nez qui pendent.

 

Après avoir traversé Central Park pour semer la peine, vous filez à Little Italy puis à  Chinatown. Tu rentres dans un temple bouddhiste. Bouddha énorme assis veille, beau, sur les dizaines de bâtons d’encens qui brûlent, les oranges en offrande. On dirait le Viet-Nam, les souvenirs que tu as du Viet-Nam. Agenouillée devant l’imposante statue, tu mets un dollar dans l’urne et tu tires un petit papier, (comme celui que l’on trouve à l’intérieur des Fortune cookies mais sans cookies là), puis tu le lis, puis tu pleures. Devant Bouddha, comme ça. Tu sais même pas pourquoi, tu comprends à peine l’anglais.

« Probability of success : Excellent. Wherever in the world you may travel, Some mystery you sure will unravel. A simple mallet dug out from gravel May turn be a president’s gavel. »

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Y’a eu A la recherche du temps perdu, mais nous on part A la recherche de la tombe de Jean-Michel Basquiat au Green Wood Cemetery de Brooklyn. Sépulture qu’on ne trouvera jamais, pas faute qu’avoir ratissé le coin où il était sensé piquer un somme, mais rien. Discrètement enterré on ne saura jamais très bien où, malgré le plan du cimetière qui dit que c’est là juste là, et toi qui avais rêvé d’une tombe pleine de couleurs et de mots gribouillés, genre un truc à son image… Peanuts. La stèle de Monsieur Morse en revanche, se dresse phallique et immense, et tu te rappelles alors que tu avais essayé d’apprendre le morse il y a quelque temps, que tu t’étais dit que cela rajouterait une ligne à ton CV, à défaut de maîtriser l’anglais ou l’espagnol véritablement, parler le morse, ça aurait été la classe…

 

Puis il a fallu partir. C’était l’heure. Rentrer à Montréal pour dix jours encore avant la fin de ce séjour de trois mois. En profiter encore un peu tandis que l’été des indiens n’en finit plus et qu’Halloween déjà se prépare…

 

Départ.

Lundi 6 Octobre

 

Alors il faudrait faire une espèce de bilan. Ça se fait. Dire à quel point cette idée de partir se poser à l’autre bout du monde pendant trois mois était formidable à vivre. Qu’on ne s’est pas ennuyé un seul instant. Qu’on veut plus partir tellement le cadre de vie ici est doux. Qu’on a découvert une autre culture vraiment, en dépit du fait que l’on cause à peu près pareil. Qu’en plus d’avoir rencontré plein de gens incroyables, Laure, Giselle, Angéline, Cédric, Annick, Phil, Xandère, Nicki, Patrick, Thibault, Marie-Eve, Dominick, Nico & Titia, c’est surprenant mais on s’est aussi rencontrés l’un l’autre dans cet ailleurs, et puis soi-même surtout. Que le retour à Paris va être difficile. Même si y’a la joie de revoir les amis chers. Heureusement que oui. Heureusement que eux. Sinon on resterait bien, clandestins…

Alors il faudra recommencer, partir de nouveau, ailleurs aller vivre quelques mois, parce que c’est ébouriffant.

En attendant ce jour, on laisse un dernier Carnet de Bord Foutraque en vidéo: ICI. Parce que c’est important les adieux.

Photos: W.T. / Retouches: S.D.

 

Adulte

     Ça fait un an que tu fais des petites vidéos comme ça pour de rire. Pour que les mots puissent trouver une place sur le web, les images pour ouvrir les oreilles. ( Curieux par ici: Fabriqueuse de drames/ Youtube) Toujours le même processus. Écrire un texte. L’enregistrer. Bidouiller des sons. Faire quelques prises vidéo, et les monter dans la foulée. Faire avec. Se débrouiller avec ce qui vient. Sans enjeux aucun. Rien à réussir. Juste s’essayer.

Fabrication artisanale de bics et de bocks. Sans moyens, autre que les tiens, tes mains/yeux/oreilles, qu’à ta tête, comme ça te chante, à ta façon seulement, sans avoir besoin d’aucun aval aucun accord aucun financement. C’est tellement long le cinéma en vrai. Alors c’était pas du cinéma. C’était autre chose. Pas de nom.

Ces vidéos ont tourné sur la toile, été partagées beaucoup. Il y a eu 6000 vues parfois, il y a eu des festivals même qui t’ont contactée pour en diffuser. Tu as dit oui, surprise. Même si tu ne comprenais pas, ce n’était rien que des broutilles bancales pour t’amuser. Mais cela t’a donné envie d’en faire un vrai de court-métrage. Non plus à l’arraché improviser des pitreries, mais prendre le temps de le penser et de le faire, tout en gardant le même procédé. Partir d’un texte écrit pour. Inventer les images qui iraient avec. Toujours sans moyens, toujours rester indépendante. La seule personne que tu embarques avec toi, c’est l’homme qui dort dans ton lit.

Moment dentifrice © SD & WT

Image tirée du film ADULTE

Tu écris donc ADULTE, un texte qui parle de pourquoi faire des enfants « si c’est pour qu’ils soient tout moches ou tout cons, et que tu regrettes toute ta vie de ne pas les avoir perdus dans la forêt ou mis dans un congélateur. »

Puis, vous vous faites la main sur le Canon 70D, ses capacités et écueils ainsi que vos limites techniques puisque vous n’être ni Godard ni Scorsese. Tu te dis que ce serait bien quand même de faire genre un story-board, un plan de tournage, et tu le fais.

Mais avant même de commencer la semaine de tournage, tu abandonnes. Le court-métrage sera bien plus expérimental qu’initialement prévu, bon on se refait pas, s’en tenir à ce qui avait été pensé aurait été trop rabat-joie, alors vous faites au gré du vent et des tempêtes de cerveaux. Et plus enfants qu’ADULTEs, vous vous amusez. ( Bon pas toujours hein, parfois vous vous énervez aussi parce que ça marche pas comme vous le voulez, et après vous criez et c’est très mauvais ça la colère ça fait des rides au visage pour toujours.)

Image tirée du film ADULTE

Image tirée du film ADULTE

Après, tu t’arraches les cheveux sur le montage pendant des jours, laisses reposer une semaine, recommences, etc. Parce que tu trouves que c’est tout nul en fait. C’est normal. C’est toujours comme ça. Il faut d’abord que tu croies que ton idée est géniale sinon tu ne ferais rien, et puis au fur et à mesure tout se délite, et tu te mets à penser que ce n’est rien qu’un gros popo tout mou. Ensuite, seulement, tu peux avoir un jugement réaliste sur ce que tu es en train de faire.

En fin de compte le machin bidouillé est pas si mal. Pas comme tu avais imaginé dans ta tête. Rien à voir même. Parce que la création est toujours un peu autonome en réalité. Ce n’est pas toi qui n’en fait qu’à ta tête en fin de compte, c’est elle. C’est vivant l’art. Et le cochon aussi.

Montage fini-Adulte©Solenn Denis-William Trillaud

Et maintenant voilà, ton premier vrai court-métrage, co-réalisé avec William Trillaud, est achevé. ADULTE est là, vraiment chelou. Pas un film de cinéma. Toujours pas. Autre chose. Pas de nom. Toujours pas. Mais quelque part, ça te ressemble. Suivre la marche, faire comme tout le monde, ça t’aurait agacé.

Et maintenant ? Maintenant tu le gardes secret. Précieux. C’est pas pour la toile cette fois. Pas tout de suite. Pour autre chose. Pour quoi ? Des boîtes de prod ? Des festivals ? Tu ne sais pas. La vie sait. Tu restes aux aguets, ravie de l’avoir fait, trépignant d’impatience de vous le montrer. Parce que oui, une petite séance privée sera prévue pour les ami-e-s à notre retour. Avec tout ce qui faut de fête et de joie de se revoir. Voilà juste ce que tu sais.

Montréal / Carnet de Bord Foutraque 4

Le quotidien, la fête en plus

15 au 31 Août

D’abord il y a eu quinze jours encore à Montréal. Tu en as profité pour te rendre au fameux Festival Dramaturgies en dialogue qui met en lecture des pièces d’auteurs de théâtre francophones. Des écrivants et des artistes que tu aimes y faisaient un petit quelque chose.

Une lecture de Les paratonnerres de l’ami et grand auteur Marc-Antoine Cyr (et dont, il faut le signaler, un des quatre personnages s’appelle Solenn – vrai de vrai, juste comme ça parce qu’il aimait ton prénom , ton prénom sans E à la fin comme pas fini, en suspens), mais aussi la mise en espace de Regards de et par la wondermeuf Séverine Fontaine que tu avais déjà découvert à La Chartreuse l’été passé mais qui t’avait bien fait chialer les yeux ( et derechef encore), et une ébauche d’Après la peur, le nouveau projet ambitieux et fou d’Armel Roussel, metteur en scène belge rencontré aux Francophonies en Limousin et dont tu adores le travail.

Puis, tu visites le Belgo, immeuble de cinq étages rempli de galeries d’art, et c’est vraiment chouette. Mais aussi le Musée des Beaux Arts de Montréal, qui est 100 000 fois plus intéressant que le MAC que tu avais arpenté au début de ton séjour. Tu découvres le travail incroyable de Michel Lemieux et Victor Pilon qui ont inventé, notamment pour le théâtre et autres installations, un système d’hologrammes impressionnant. ( A voir jusqu’au 29 septembre), mais aussi une très belle collection d’art contemporain québécois assez scotchant, tu retrouves Otto Dix – avais oublié comme il était formidable cet artiste, et tombes en pâmoison devant la sculpture Old Enemy, New Victim de Tony Matelli.

Quelques jours plus tard, il y a le festival Écran blanc pour tableau noir dans ton quartier. Tu sors de chez toi- ce qui est ton chez toi encore pour un mois-, et tu tombes nez à nez avec un grand concert d’Arthur H en plein air, concert qui sera béni d’un arc en ciel, et les bonnes sœurs derrière les fenêtres du couvent d’à côté qui jettent quelques yeux furibonds au spectacle. Arthur H a l’air un peu pété, mais on rigole bien, la foule chante à tue-tête, on danse même un peu du bassin.

Il y a aussi cet atelier Scratchatopia. L’idée est de dessiner ou de scratcher de la pellicule pour faire un micro-film d’animation de deux secondes qui sera mis bout à bout avec les deux secondes de chacun des autres participants pour faire un film d’animation collectif. Vous vous appliquez, vous scratchez à mort. Refaites le même motif sur plusieurs vignettes ( puisqu’une seconde de film c’est 24 images/vignettes par seconde, il faut en gratter des vignettes pour faire deux secondes de films). Le résultat est plutôt laid si on le compare au travail du maître incontesté du scratching Mac Laren, mais le joli souvenir est à retrouver ICI, au milieu des autres, ton scratch de 2 secondes s’intitule, en toute élégance, Zob fusée et on le trouve à 0:38 ( précédé à 0:32 du scratch de ton co-équipier William qui multiplie les clins d’oeil au cinéma, si si faut comprendre mais si si…)

Bref, vivre à Montréal l’été, c’est trop la joie tellement la ville regorge de propositions pour divertir ses occupants, et peut-être pour se faire pardonner son hiver – autre paire de manche, à n’en pas douter, avec ses températures pouvant atteindre -30°…

Fête au plateau

Torontoto et Taratata

1er & 2 septembre

Et après, après tout ça, alors vous êtes partis en co-voiturage jusqu’à Toronto. Là, tu t’aperçois, ayant quitté la province du Québec francophone pour entrer en Ontario où la population est anglophone, que non seulement tu ne comprends rien à leur anglais, mais eux, en retour ne comprennent pas le tien non plus. Ah bah c’est con ça, c’était bien la peine d’étudier l’anglais à l’école…

-We want to go to the center.

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-We want to go to the center. ( Un temps) The center ! Il est bouché ou quoi?

-Solenn, je crois qu’on dit downtown. Pas the center.

-Ah oui ? Et Center park alors c’est quoi ?

Tu montes en haut de la tour CN, après avoir été décontaminée par La Sentinelle, une machine dans laquelle on te fait pénétrer et qui, avec des ions -ou je ne sais pas quoi- te souffle fort dessus pour vérifier que tu n’as pas d’explosifs sur toi. ( A ce que j’ai compris). Tu montes tellement haut ( aussi haut que la tour Eiffel ou un truc comme ça) et à une vitesse folle -genre en 39 secondes c’est fait, que tu as les oreilles qui se bouchent.

Là-haut, sol en verre. Marcher dessus, l’appréhension avant de poser un pied, est-ce que tu vas passer au travers ? Puis dès la deuxième pied posé, tu rigoles tellement ça fait pas peur en fait. C’est amusant, c’est toujours comme ça la vie, on se fait une montagne des choses à les imaginer, puis quand on vit, quand on se lance et on vit, tout devient beaucoup plus drôle qu’effrayant…

Vue depuis le CN tower

Les Street Car ( = tramway, mais pourquoi dire tramway quand on parle anglais, mais oui bien sûr appelons ça Street car c’est plus logique, comment tu veux que je m’y retrouve moi…) traversent la ville d’Est en Ouest. L’un d’eux vous conduit au Distillery district, ancien quartier qui était une distillerie de Whisky et dont les bâtiments ont été joliment restaurés tout comme à l’origine. Un peu sous la pluie, vous filez vous réfugier dans ce restaurant mexicain, El Catrin Destileria, hautement garni de têtes de mort où la cuisine est tout bonnement à tomber.

Streetcar-Toronto

Les forces reprises, vous filez à l’AGO (Art Gallery of Ontario), musée bien garni avec de belles découvertes, et quelques retrouvailles avec des toiles aimées. Et soudain, c’est le choc. Tu découvres Chuck Close et tu restes sciée. Le type a peint un immense visage comme on prend une photo, avec des zones flous et des nets. Sidérant.

Chuck Close- Toronto

En bons français, il est ensuite l’heure de l’apéro, et les amies de Toronto vous conduisent à The hole in the wall, un magnifique bar tout en long, trois mètres de large et quinze de long, où tu es comme ensevelie sous la terre. On dirait la prohibition presque ( ou l’idée que tu t’en fais). On te recommande le Caesar cocktail, sorte de Bloody Mary mais avec en plus du jus de palourdes ( appelé aussi clamato). Ça fait peur, alors tu tentes. C’est délicieux, épicée comme tout, désaltérant. Succulent.

Puis vous montez sur le toit de leur immeuble pour… disons… boire une tisane d’herbes. La ville étale son habit de nuit à base de lumières un peu partout. Whouha. Et l’efficace escapade à Toronto s’achève. Chicago attend. On arrive.

ChigagoGO!

3 Septembre

Vol pour Chicago, rapide, efficace. RnbB te promet un petit nid avec des chats sooooo friendly. C’est vrai. Tellement collants qu’ils vont te réveiller tous les matins pour un câlin, sautant sur le lit, leur petite clochette accrochée autour du cou frétillant sauvagement jusqu’à te tirer du sommeil.

Mais allons visiter, même le vol dans les pattes, tu es trop impatiente. Centre ville. Le Loop, avec son métro qui passe au dessus de ta tête, métro qui fait le tour du quartier, bringuebalant. Les larges avenues pleines de buildings et de lumières qui clignotent, grouillantes de monde, les ruelles sombres et désertes comme dans les films de gangster. Pas étonnant qu’Al Capone y avait pris ses quartiers ! Les panneaux, à l’entrée des boutiques, sont tout à fait dans le ton, interdisant de pénétrer avec une arme – un peu comme la pancarte interdit de fumer, mais tu mets un flingue à la place de la clope au milieu et voilà, froid dans le dos.

Il fait soif, non ? Alors, Buddy Guy Club. Au sol, un damier bleu et blanc. Un musicien fait ses balances sur la scène. Il est 18h, plus tard il jouera. On te demande ta carte d’identité à l’entrée, tu es fort flattée que l’on puisse encore te prendre pour une jeune femme de moins de 21 ans, âge de la majorité aux USA et âge légal donc pour rentrer dans un bar. Mais en fait non, il la demande à tout le monde même aux cinquantenaires, c’est juste que ça rigole pas avec la loi l’Amérique. Tu commandes une Buddy Brew, genre la bière de Buddy Guy quoi ! Les dizaines de guitares dédicacées accrochées au mur : BB King, Muddy Water, J Lee Hoker, Keith Richards, Santana, Jeff Beck. Tous ont joué ici. C’est un peu comme de la magie. Tu sais que tu es à un endroit précieux, même si tu es tombée dessus par hasard, juste parce que tu crevais d’envie de boire un verre, et que ce ne sont pas les bars qui courent les rues de Chicago. ( Mais où prennent-ils l’apéro enfin, ces américains?)

Bateau sur l’eau

Jeudi 4 septembre

Il faut breakfaster. Direction Yolk et ses petits déjeuners de ouf. Tu t’attables devant des waffles au bacon recouvertes de sirop d’érable, oui oui des gaufres au bacon et sirop d’érable, accompagnées de leurs œufs au plat. En vrai, c’est délicieux, en méga-vrai : c’est super copieux. Tu as compris maintenant que, de manière générale, à Chicago, tu ne feras pas deux ou trois repas par jour mais un seul, gros, énoooorme, car les portion qu’ils te servent sont tellement gargantuesques que tu ne pourras plus rien avaler de la journée. L’Americain way of life, ça commence comme ça.

Buildings-Chicago

Ragaillardis voir même un peu lourds, vous partez pour un Architecture River Tour. Un truc pour les touristes, genre un bateau qui traverse la centre de Chicago le long du fleuve, tu passes sous les ponts, et le long des buildings. Tu t’aperçois que la ville est en perpétuelle construction, des travaux sur les quais, partout. Purée qu’est-ce que j’aime prendre en photos les travaux et leurs ouvriers, c’est maladif presque, étrange. Tu shootes. C’est assez beau. Carrément chouette même. Si ce n’est que la visite est en Anglais, et que le guide crache dans son micro un truc que tu comprends à peine, chopes au vol quelques mots, mais pas assez pour faire des phrases cohérentes. Du coup, en toute impunité, tu inventes. Ici, vous pouvez admirez les premiers balcons-piscines au monde…

Puis vous allez au Navy Pier, une jetée très longue avec de la musique très forte et mouettes tout aussi braillardes. L’horizon, difficile de croire que c’est le lac du Michigan et non pas la mer, tant l’eau est à perte de vue, impossible d’apercevoir l’autre rive. Les buildings s’éloignent, enfin vous vous en éloignez, et ils prennent sens, tous ensemble là, au lointain, sublime crête.

 

Art, gumbo et tempête sado-maso

Vendredi 5 septembre

Art Institut of Chicago. Tuerie. Exposition : Magritt. Mais aussi plein de toiles de ouf. Belle belle belle collection permanente. Nous n’en verrons qu’un tiers à peine, nous concentrant sur l’Art contemporain. Il faudrait deux jours entier ici dans le musée pour réussir à le traverser de part en part. Mais la Clim, réglée sur «  froid polaire bisous aux pingouins », et qui sévit dans tous les musées, restos, bars, taxis, et même dans l’appartement où vous logez, t’as mis HS. Tu n’en peux plus de grelotter et d’éternuer sans fin. ( Je ne sais pas si vous avez déjà passé une journée à avoir envie d’éternuer de manière continue et éternuer toutes les trois minutes à peu près, mais c’est absolument terrible. Sans doute moins que la lèpre, mais quand même…)

Zombie - AGO à Toronto

Resto Cajun. The heaven on seven. Au septième étage d’un building dans lequel il faut oser rentrer (on n’ose pas on se dit mais de quel droit entrerai-je dans ce building enfin, et puis on y va, on dit au monsieur de l’ascenseur, 7ème, et ça monte ça monte et nous y voilà, c’était pas la mer à boire). Alignées comme des trophées sur les étagères du restaurant, des centaines de sauces piquantes, sur votre table, pas moins de 25 bouteilles, toutes différentes, et le banal Tabasco perdu au milieu de bouteilles de «  Slap my ass and scream » etc…Vous goûtez la traditionnelle gumbo, soupe de haricots rouges au poulet et saucisses, et c’est une réussite.

Vous vouliez aller à la beach ensuite qui s’étale tout au long de la ville, mais tu parles, tempête de tous les diables, à peine arrivés dans les parages, vous êtes trempés. Aucun abri, et des éclairs à pas cent mètres tombent, le vent fouette les arbres comme une maîtresse sado-maso, les buildings disparaissent dans le brouillard, on est pas loin de l’apocalypse, et c’est assez joyeux. La pluie est chaude, vous dégoulinez.

Deep pizza, beach !
Samedi 6 septembre

Musée de la photographie, exposition : Fantom of dust. Bof. C’est gratuit soit, mais c’est pas une raison pour avoir une expo aussi pourrite. ( même si la récupération de pellicules photos ayant été irradiées à Tchernobyl ou la photo-macro de poussière est en soit intéressant, on va pas non plus s’en relever la nuit…)

Un tour de loop en métro. Tu passes à 30 cm des buildings. A environ 8 mètres de haut dans des virages très serrés. On ne sait même pas si le métro va rester sur ses rails ou choir sur le côté. Mais en fait non, tout est normal. Impressionnant.

Buildings

Et là, expérience. Tu goûtes la Deep Dish Pizza. Genre LE truc culinaire spécial de Chicago. Une merveille ! La pizza fait 8cm de hauteur, la pâte 2. Il faut 45 minutes pour la cuire dans le four. Et le truc fou, c’est que tous les ingrédients -légumes-fromages-charcuteries- sont posées sur la pâte et ensuite recouverts d’une sauce tomates de folie. Bref, régalade comme la meilleure pizza du monde. Ouais mec. Évidemment c’est Chicago donc les portion sont énormes, vous prenez une Small pour deux et c’est amplement suffisant. Après vous flottez sur un petit nuage de délice tellement c’était bon.

Deep dish Pizza

Puis enfin, la beach ! Folie la vue sur les gratte-ciels. Tourbillons de gens à vélo ou en train de faire un footing, et pléthores de filet de volley sur la plage de sable. Quelques vagues mêmes. Pas de quoi surfer mais quand même pour un lac c’est surprenant. Et l’eau, à environ 15°. Bon, on va pas se baigner plus qu’un orteil et demi mais quand même, c’est beau. La ville à la mer ( qui est un lac) c’est beau.

Après une petite errance dans la quartier de la Gold Coast, avec ses maisons de riches, vient la mauvais idée. Tiens, si on allait boire un cocktail au 97ème étage du John Hancock center pour regarder le soleil se coucher, ça doit être pas mal ? Oui oui, tellement pas mal qu’une centaine de touristes a eu la même idée que toi. On fait la queue ? Non, moi je fais pas la queue, soit y’a personne, soit je suis VIP, mais je fais pas la queue, je suis pas un porc qui va à l’abattoir merdre. Si ça les amuse qu’ils y aillent, nous on va boire un mojito au rhum arrangé au bord de la river, voir passer les bateaux des particuliers qui sont de sortie pour le week-end, musique à fond, bikini dans le fond ( de la raie), et même une cornemuse jouant sur le devant d’un petit yacht, faisant profiter tous les environs de sa doooooouce mélopée…

Mangez des pommes

Dimanche 7 septembre

Petit tour au quartier mexicain et dans son musée dont quelques salles seulement sont ouvertes, du coup pas de quoi se mettre grand chose sous la dent. Un peu de street art, plutôt chouette, mais enfin ça vaut pas nos Madame Moustache et Fred Le Chevalier (clin d’œil tendre à qui de droit). Du coup, on se dit qu’on aura qu’à aller au Mexique en vrai un de ces quatre, et puis c’est tout.

Dans le West Loop, quartier jouxtant le centre des affaires, très beau si on apprécie les quartiers abandonnés, défraîchis sous le soleil, on trouve un restaurant grec de folie, les 9 muses. Punaise ça fait du bien de manger du légume ! Encore de la salade grecque, encore !

C’est fou, c’est tellement pas healthy la nourriture ici que tu rêves de croquer dans une pomme. Non mais une pomme quoi ! C’est bien la première fois de ta vie que tu en rêves. C’est pas possible de manger si peu de produits frais de la nature. Au supermarché, aucun rayon fruits et légumes, tout au plus un concombre, un sachet de baby carottes, deux tomates cerises emballées avec des bretzels et une sauce au fromage, ou quelques morceaux d’ananas découpés et mis sous vide. Rien. Le désert malgré la devanture qui annonçait du Fresh, et un rayon entier de chips. Évidemment qu’ils ont des rayons de laxatifs à n’en plus finir pour compenser, évidemment que toutes les dix secondes tu croises une personne atteinte d’obésité morbide. Sont fous ces ricains. Quand même. Même s’ils sont très sympa. Même si la nourriture est délicieuse, mais enfin quand même les gars, on peut arrêter de courir cinq minutes, se poser, prendre un vrai repas, cuisiner même, pour ses amis, s’asseoir ensemble, tu vois quoi… Non ? Non. Time is money. Ils courent. Je mange une pomme.

Creuser sa tête

Mardi 10 septembre

Retour à Montréal, après un crochet d’une nuit à Toronto chez les amies again où tu apprends à faire des rouleaux de printemps alors que l’automne arrive. La joie de retrouver son chez soi, ce qui est ton chez toi pour encore un mois, plus de clim enfin et un bon matelas. La joie de découvrir 50 mails dont un tiers très urgent. La joie de se remettre dans le jus illico presto. La joie d’aller acheter plein de fruits et légumes. La joie.

Tu creuses ta tête en longs tunnels, cherches une seule bonne raison de ne pas rester vivre ici la vie douce, et de revenir à Paris t’entasser les uns sur les autres dans cette irrespirable promiscuité et agressivité ambiante qui contaminent jusqu’au cœur dont les battements sont façonnés en pics de stress.

Prenant du recul, 5512 kilomètres, il te saute à la gueule comme de l’acide que vivre au cœur de la ville lumière dans ces conditions crasses mi-jungle mi-poulailler est une absurdité totale. Tu réalises que ta patrie, ce n’est pas la France, ta terre d’attache n’est pas Paris.

Tes ami-es sont ta patrie. Ce sont eux ton pays. Eux qui font que rester vivre à l’autre bout du globe serait désolant. Alors leurs petites gueules d’amour te ramèneront au port dans moins d’un mois maintenant, braseros dans la bouche de l’enfer, et ce sera joyeux pourtant.

Kiss and Ride - Toronto

Et pour ceux qui sont arrivés jusqu’à la fin de ce journal-fleuve, voici le petit lien bien mérité vers la vidéo pété du JOURNAL DE BORD FOUTRAQUE 4.

© Photo: William T. & Solenn D

Montréal / Carnet de Bord Foutraque 3

La poutine, c’est un peu comme le kebab : utile en fin de soirée

Lundi 28 Juillet

Des copains de copains jouent dans le Zoo Fest. Oui encore. Alors y retourner. Autre salle, autre spectacle. Dans Le vernissage, Pitr et Ankh, deux graffeurs font une performance aussi scotchante qu’intelligente. Et c’est avec malice qu’ils ont réalisé devant toi un graff qui, peu à peu, pris forme afin de se révéler totalement.

Vous vous retrouvez ensuite invités à débarquer chez des amis amis d’amis. Toute la petite troupe. Ankh, français habitant au Québec depuis quelques années, est allé acheter de la POUTINE , stupéfait que nous ne l’ayons pas encore goûtée alors que nous avons posé le pied sur le sol québécois depuis trois semaines ( Heu, c’est à dire que… heu… On attendait le bon moment… enfin… On avait un peu peur… Heu… C’est pas super roboratif ?). Alors, il nous mit face à nos devoirs, et planta deux fourchettes dans la masse de frites recouvertes d’une sauce brunâtre mouchetée de gros copeaux blancs.

Tu te lances. La frite est molle, la sauce bien trop salée, et le fromage froid. Tu fais la tête qui va avec ces considérations. Il te dit goûte encore. Tu goûtes encore, et effectivement à la deuxième bouchée, tu commences à t’habituer. Une heure plus tard, quand le plat bourratif au possible sera enfin fini, tu décideras que tu as adoré la poutine parce que c’est touchant. Mi-bon mi-dégueu, comme tu aimes. Pas vraiment gastronomique, mais idéal pour colmater une fin de soirée bien arrosée. ( Un peu comme quand à Paris tu passes t’acheter un kebab en sortant de teuf…)

No kidding © W.T. & S.D.

Botanique, Bota-Bota, Beauté du ciel

Mercredi 30 Juillet / Vendredi 1er août/ Samedi 2 août

On va se balader ? Ça fait trois jours que tu passes enfermée à travailler, il est l’heure de profiter de ce filet de soleil qui se profile pour la journée. Direction le Jardin Botanique. 75 hectares de verdure chatoyante, 22 000 espèces de plantes, fleurs, arbres, différents avec le petit écriteau qui dit qui est qui. Bon, cela reste une loooooongue balade. Et tu commences à râler un peu jusqu’à arriver… aux serres. Là, c’est merveilleux, à la file indienne s’enchâssent une dizaine de serres : serre tropicale, serre d’arbres fruitiers exotiques, serre de géraniums, d’orchidées, de cactus, de plantes carnivores, etc…. Tu découvres des tas de plantes et fleurs incroyables aux odeurs folles, aux formes improbables, et tu restes là, la bouche ouverte, bée d’émerveillement.

Botanique © W.T.

Les pieds usés, tu as bien mérité une journée de pacha à 40 000$. Aussi, le lendemain, vous filez au Bota-Bota. Bateau sur l’eau. D’abord se faire masser, ensuite profiter des jacuzzis, hammam, sauna, bain froid, transat, hamac, etc, avec vue sur le Saint Laurent. Ouhloulou le pied ! Vous en ressortez épuisés. La détente, c’est trop fatiguant !

Du coup il faut se re-détendre. Et vous filez, le lendemain, à la Ronde, parc d’attraction au sein du parc Jean Drapeau.

Tu aurais dû te méfier de ce samedi de grand soleil où chaque attraction se mérite. On approche les une heure de queue pour les manèges les plus prisés, aux sensations fortes comme du piment oiseau. Tu attends tu attends tu attends. Tu te dis que c’est vraiment agaçant. Qu’on ne t’y reprendra pas. Et puis tu fais ces montagnes russes de folie. Tu ne cries même pas, tu ries tout fort tellement c’est bien, à toute berzingue, ta bouche grande ouverte, tête en bas, pieds en l’air, tu avales les moucherons, ravie. Une fois descendue, tu n’as qu’une seule envie, en faire un autre, encore, et tant pis pour l’attente, oubliée à la seconde où le manège s’ébranle. Encore, encore, encore!

Et pendant ce temps, monsieur, peu friand de manèges, fait une étude sociologique des comportements humains en milieu récréatif… Jusqu’à ce que vous assistiez, à la nuit tombée à ces feux d’artifice spécial Pink Floyd qui, pendant quarante-cinq minutes, envoient sacrément du pâté ( même que ça fait pleurer de beauté).

La Ronde © WT

Jette-moi donc ce tronc

Dimanche 3 août

Tu avais un peu peur des cornemuses – l’instrument le plus WTF au monde-, mais l’idée d’assister à des jetés de troncs d’arbres avait achevé de te convaincre. Le Festival écossais de Montréal s’étale dans le parc Therrien : des centaines de kilts, des litres de bières, des concours de danses traditionnelles, des fanfares où la cornemuse trouve sa place sans trop trop niquer les oreilles, et des compétitions d’athlétisme. Il faut les voir, les hommes en jupes et gros bras, jeter des poids, puis des sac de foin à l’aide d’une fourche, par dessus une barre à bien dix mètres de hauteur… C’est bon enfant, la foule acclame. Et quand vient l’heure du jeté de troncs, alors là tu écarquilles les yeux. Les balèzes te soulèvent un tronc de six mètres de long, le redresse droit, le calent contre leur torse, et avancent avec jusqu’à prendre assez d’élan pour le jeter en l’air, dans l’espoir de lui faire faire un arc de cercle de 180° ( si j’ai bien tout compris…). Impressionnant et improbable, donc tout à fait drôle.

Audace culinaire, faux-pas sécuritaire

Jeudi 7 Août

Apéro à la maison. Avec des gens. Qu’on connaît, qu’on connaît pas. Les amis et les amis d’amis. Tu décides de te mettre en cuisine. Un peu, un tout petit peu. Tu assures les arrières avec les fameuses et inratables rillettes de thon. Et après tu t’emballes. Tiens, si j’essayais de faire des petits palmiers feuilletés au jambon ? Mais oui c’est ça, bonne idée, ça n’a pas l’air très compliqué… Tu te dis ça. Et c’est le drame. Tu savais, tu le savais bien si bien que tu n’aurais pas du tenter un truc que tu n’as jamais fait, ce n’était pas sécuritaire, mais tu n’as pu t’en empêcher. Et tu penses aux pauvres invités. Tu te dis: peut-être c’est moche mais bon. Un peu comme la vie. Il faudra bien faire avec.

Et l’apéro dura six bonnes heures.

Bad cooker © Solenn Denis

Voyage, voyage, plus loin que la nuit et le jour

Mardi 12 Août/ Mercredi 13 août

Prendre la tangente. Rouler dessus. Jusqu’à Québec.

Montréal étant devenu, en un mois, la maison, ça fait du bien de partir, on dirait les vacances. Y’a même des animaux écrasés sur les bords de la route. A peu près tous les deux kilomètres, vlan un cadavre de poils éclaté en divers morceaux, avec ce qu’il faut de boyaux et fourrure maculée de sang plus ou moins séché. Du coup, on crie whouhouhou par la fenêtre, et on balance du bon son bien fort. The Suuns, Nina Kinert, Balthazar, Jacno, Fox Johnny Cash, Epic Rain, Mark Lanegan, Mono in VCF, Jungle, Angel Olsen, Fever Ray, Boards of Canada, Sqürl, Tame ImpalaVive la fête, Warpaint, Ben Frost, Anna Von Hausswolff

Avec tout ça, on arrive à Québec : sa citadelle, son château digne du Grand Budapest Hotel, sa balade des gouverneurs aux mille marches, sa foule de touristes, mais aussi son musée du chocolat avec les meilleures glaces du monde. ( Oh pitain oh pitain oh pitain le sorbet framboise/mûre et sa coque de chocolat aux noisettes!)

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Et puis, premier RbNb de la vie, vous logez chez l’habitant donc. Le couple vous accueille sur le perron. La femme aux seins lourds de cinquante ans bien tassés plus ou moins moulés en liberté dans son débardeur échancré pointent la direction du vent. Merdre et si on était tombé sur des échangistes ?

Le lendemain, direction la Baie St Paul, coquet petit village du bord de mer. Marcher sur la plage à marée basse. S’enfoncer dans la boue. Sentir l’iode et les algues. Prendre un traversier. Aller à l’île aux Coudres où roche volcanique, embruns, mouettes, bois flottés, flore multicolore, roseaux et improbable statue religieuse façonnent un paysage succulent de beauté et de calme.

Ile aux coudres-1

Motel, Simpsons, chapka et baleines

Jeudi 14 août / Vendredi 15 août

On dirait la Bretagne – voir la Normandie, tant il pleut. Gros malins, vous étiez partis en tee-shirt/tong/robe/sandales. Un détour au supermarché s’impose donc pour acheter des sortes de ciré jaune, et K-way doublé polaire et même une chapka de chasseur pour faire office de capuche. Et maintenant on dirait deux blaireaux. Allez hop, direction Tadoussac, qui fait peu penser à Disney village tellement les maisons font dans la mignonnitude.

Après avoir tenté une balade qui vous aura littéralement rincé de pluie, vous squattez la chambre du Motel. C’est ton premier Motel. Alors, tu penses à Norman Bates dans ta douche. Ça fait un peu peur, tu aimes bien. Tu tentes la télé. En une heure, tu as fait trois fois le tour des 40 chaînes, et toujours rien vu à part des pubs des pubs des pubs, fou le nombre de pubs. Ah si, tu as regardé Les Simpsons doublés en québécois. Et ça, ça vaut son pesant de cacahuètes ! (  Les Simpsons en Québécois )

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Le lendemain, grâce à une éclaircie inespérée, vous pouvez embarquer à bord d’un Zodiac pour une promenade en mer à la recherche de baleines, Tadoussac tant connu pour son foisonnement de mammifères marins. Partis au large, ça pèle un max. Tu serres ta chapka ridicule mais efficace contre tes oreilles. Le bateau arrête son moteur, et il faut guetter, tirer sur ses yeux et ouvrir ses oreilles, pour essayer de traquer la baleine qui remonte à la surface respirer toutes les 10 à 20 minutes, envoyant ces gerbes d’eau dans les airs. Alors tu cherches son dos qui ressurgit ça et là pendant quelques minutes, avant qu’elle ne replonge profondément, tapant les flots de sa queue. Pendant trois heures, vous naviguez d’un bout à l’autre du Saint Laurent ainsi que dans le fjord du Saguenay, apercevant, là tout près des rorquals communs, une baleine franche, un beluga, des phoques, et plus au lointain une baleine bleue. Et c’est beau. Genre ça te coupe la chique.

Tadoussac

Retour vers le futur

Samedi 16 août / Dimanche 17 août

Retour à Montréal. La route longue, sous la pluie. Mais tu es contente. Tu aimes bien partir, mais rentrer aussi. Les doigts te grattent après cinq jours sans écrire. Tu te rends compte à quel point lire, lire, lire, des tas d’auteurs différents (Frénésie cet été avec La trilogie de béton de Ballard, Putain de Nelly Arcan, Cendres de cailloux, Le chant du dire-dire, et Celle-là de Daniel Danis, Les yeux bleus cheveux noirs de Marguerite Duras, Les mains d’Edwige au moment de la naissance de Wajdi Mouawad, Mon chien Stupide de John Fante, etc) t’aide à savoir ce que, toi, tu veux écrire. Tu ne peux plus lire sans penser à ton écriture. (Un peu comme quand tu étais à la fac de cinéma et que tu ne pouvais plus regarder un film sans décortiquer les plans. ) Alors, tu as eu cette fulgurance pour le roman que tu pensais avoir fini. Il faut le reprendre. Peut-être tu peux tenir quelque chose de plus puissant.

C’est pas tout ça, voyager-écrire, mais il serait temps de poster une nouvelle petite vidéo pour les amis impatients de nouvelles, et ensuite se mettre au montage de notre court-métrage secret -bien plus expérimental qu’initialement prévu, bon on se refait pas, s’en tenir à ce qui avait été pensé aurait été trop rabat-joie, alors on a fait au gré du vent et des tempêtes de cerveaux, tourné la semaine dernière. Boucler cela avant de repartir, dans quinze jours, pour Chicago cette fois…

En attendant, pour le Carnet de Bord Foutraque 3 en vidéo, encore plus déglingos, c’est par ici: http://youtu.be/f3gG9IVe7aE

Crédit photo: W.T. / Retouches: S.D.

Montréal / Carnet de bord Foutraque 2

     Deuxième semaine et demie. Tu jongles entre les diverses commandes d’écriture pour France Culture, Le Glob Théâtre, une pièce de théâtre collective, que tu dois achever, tu restes des heures assise par terre, 146 feuillets autour de toi, à relire ton roman presque fini, à faire des flèches au stylo bille-en-tête, des ratures et des annotations. ( Encore quelques jours dessus, et la poignée de pré-lecteurs de confiance, ceux qui auront la tâche de te faire de précieux retours afin que tu puisses reprendre et achever le livre, seront servis d’ici début Août… ), ET tu visites un peu. Un tout petit peu. Faudrait pas trop pousser non plus quand même, pas croire que c’est les vacances…

>>> Pour les yeux, le 2ème opus du petit Carnet de bord Foutraque en vidéo par ici : Montréal / Carnet de Bord Foutraque 2

 

 

Trottoir barré © William Trillaud

Un festival, des festivaux

Jeudi 17 / Vendredi 18 Juillet

     Aller voir une copine qui joue dans Airnadette, un méchant spectacle qui déménage, et que tu aurais tout à fait pu le voir à Paris, il y a quelques mois, au Théâtre du Rond Point, mais c’est tellement plus facile de se rendre disponible à l’autre bout du monde…

Et vous voilà, chose improbable, au fameux festival Juste pour rire qui prend d’assaut la ville pendant l’été, où les artistes de stand-up et autres humoristes se succèdent sur les nombreuses scènes en plein air devant un public qui a acheté sa peluche souvenir, son hot-dog et sa bière.

Le lendemain, remettre ça, aller au festival Zoofest, voir le spectacle : The incredible drum show des Fills Monkeys, rencontrés la veille alors que tu dînais avec l’équipe d’Airnadette, et à qui tu as soutiré deux invits. Les deux compères-batteurs sont balèzes comme tout, ils gèrent la baguette grave, et les clowneries avec. ( A ne pas louper la saison prochaine en France…)

Puis finir assis dans l’herbe et la nuit, au Festival de Musique Africaine, devant un succulent poulet Jerk à la Jamaïcaine et un groupe Sénégalais qui te chauffe le public comme une baraque à frites.

Bon sang, tellement de festivals en plein air, qu’on ne sait plus où donner des yeux de la tête et des oreilles!

Buildings © William Trillaud

Vrac du week-end

Samedi 19/ Dimanche 20 Juillet

     BEAUTé : Balade dans le vieux port. Les bâtiments piqués de rouille. Les silos à grain, la gueule béante, affamés depuis deux cents ans, qui servaient autrefois à charger/décharger les cargaisons de céréales sur les bateaux, et qui attendent, stoïques, l’âme ouverte qu’on les nourrissent encore.

***

     Le plaisir de n’avoir pas de téléphone. Ne plus faire semblant d’être tout à fait occupée. Ne pas être là en train de tcheker sans cesse ses SMS, mails, MP, etc, comme si rien ne pouvait attendre. Ne plus sortir des conversations, échanges, rencontres. Réapprendre à ne rien avoir à faire de ses mains. Être là. Juste là, et pas ailleurs en même temps. Tout aux autres, tout à soi.

***

Non mais sérieux, des fois ils arrêtent les québécois avec cet accent et cette gentillesse écœurante ?

Vieux Port © William Trillaud

Cagnard

Lundi 21 Juillet

« Tu nous entends le cagnard ? Tu nous entends ? Si tu nous entends, va te faire enculer. Tu pensais que t’allais nous avoir, tu croyais qu’on avait rien vu. Surprise, connard ! » Cagnard, d’à peu près FAUVE.

Chaleur. Sommeil moite. Dans le lit, les corps ne se supportent pas.

Fermer la porte © William Trillaud

Le sport est la drogue du pauvre

Mardi 22 Juillet

     L’effort physique te révulse. Ce truc de se dépasser soi-même, avoir mal partout, et dégouliner de sueur tout à fait content de soi, merci bien. Sauf que la piscine, c’est différent. Ça fait pas mal et ça pue pas sous les bras. Alors, piscine, en vrai. Pas trempette, longueurs, combattre la flasquitude des fesses. Avec des lunettes qui font une drôle de tête pour pouvoir ouvrir fort les yeux sous l’eau.

Rappelle-toi, il y a au bout de 20 minutes, cette fatigue et lassitude, qu’il faut dépasser, et après, après alors là ça devient dément, une sorte de transe merveilleuse. Et les endorphines ensuite qui font l’effet d’un flash comme un shoot puis se diffusent doucement et te font planer au-dessus des nuages.

A bien y réfléchir, le sport est la drogue du pauvre. Ou de celui qui n’a pas envie de mourir étouffé dans son vomi après une crise de manque…

Cornichon © William Trillaud

Rien ne sert de courir

Mercredi 23 /Jeudi 24 Juillet

     Bon, faudrait qu’on arrête de rien foutre, qu’on visite un peu, fasse les touristes quand même, non ? Ouais ouais. Mais pas aujourd’hui. Non, aujourd’hui y’a sieste et apéro-copains. (C’est fou le nombre de co-pains/pines  -big up to Yuna, Romain, Soda, Colas, Elise, etc… – qui viennent passer un bout de leur été ici. C’est bien la peine d’aller à l’autre bout du monde si tu croises tout Paris ! A la vérité, cela tombe parfaitement, car on n’a pas trouvé encore comment se faire des amis québécois, sauvages sous leurs airs avenants…

Le lendemain, direction le Biodôme du Parc Olympique : traverser quatre écosystèmes des Amériques : la forêt tropicale, une érablière laurentienne, le golfe du St Laurent, et les mondes subpolaires. Découvrir des animaux tout bizarres comme ce singe microcéphale avec une tête de vieillard, cet oiseau avec un bec spatule, observer des ibis rouges, un macareux qui se croit dans un cartoon, des pingouins tout à fait comiques qui nagent à tout berzingue puis sautent comme des ânes sur la glace, rester fascinée pendant une demi-heure face à un paresseux et trouver qu’il a bien raison de prendre son temps puisque rien ne sert de courir il faut partir à point.

Parc Mont Royal © William Trillaud

Hectolitres dans ta tronche

Vendredi 25 Juillet

     Si on faisait du saute-moutons ? Genre je me mets à quatre pattes et tu me sautes ? Esprit pervers, pas du tout, c’est un bateau à propulsion qui descend à 70 km/h les rapides du St Laurent. Oh oui, adrénaline, trop bien !

Et nous voilà hystériques, accrochés à la barre, à rire comme des baleines tandis que le bateau prend des méchantes vagues assommantes et qui nous recouvrent entièrement, comme si on nous jetait des baquets d’eau à la tronche. Une heure plus tard, on s’ébroue, éreintés et heureux de notre petit tour mi-beauf mi-merveilleux.

A l'angle © William Trillaud

Ferme les yeux, lève les bras

Samedi 26 Juillet

     On te dit que Nirvana y avait fait un concert en 1990, et ça te décide à passer y faire un tour. Te voilà donc aux Foufounes électriques, le bar rock de Montréal. Foufounes voulant dire fesses en québécois et non pas ce-à-quoi-tu-penses, que cela soit clair, un mot peut en cacher un autre – faites attention en traversant la voix.

Le bar est chouette, immense, avec une terrasse, des baby-foot, des billards, du bon son et des bonnes bières pas chères. Mais déjà il est l’heure de filer t’en mettre plein la tête, à deux pas, au concert des Suuns, un groupe de rock progressif électro. Ferme les yeux. Lève les bras. Voilà, comme ça. Mais en fait non. En fait, c’est encore plus noisy et expérimental que ce qui tu avais cru, et tous les morceaux ne sont pas totalement accessibles à l’oreille lambda que tu es. Passés les quelques tubes entraînants, la foule est relativement amorphe, et toi avec. Au lit.

*****

Ps : A y est, le scénario est écrit. Ça s’appelle No kidding. On se donne une semaine pour peaufiner tout ça, et la suivante ce sera tournage. Cette fois c’est sûr, on arrête d’improviser des pitreries, on s’est bien fait la main sur le Canon 70D ses capacités et écueils ainsi que nos limites techniques, et on vous prépare un vrai court-métrage qu’on gardera secret jusqu’à notre retour…

Touriste © William Trillaud

© Photos brutes: William Trillaud / Retouches: S.D.

Montréal / Carnet de bord foutraque 1

Parce que c’est l’été, t’as peut-être les neurones dans le rosé,

alors si tu n’as pas le courage des mots,

tu trouveras le foutraque Carnet de bord en vidéo ici:

Montréal / Carnet de bord foutraque 1

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Décalage horaire

Mercredi 9 Juillet

       5h25, ta nuit est finie. L’homme tourne et retourne dans le lit. Tu ouvres un œil. Il lance un Good morning Canada, complètement hystérique au vu de l’heure qui flotte, rouge et digitale, sur le réveil, et décide d’aller faire du café.Dans la cuisine, les pâles du ventilateur accroché au plafond brassent l’air avec application.

Vers dix heures, vous sortez vous promener. Dans vos corps, on dirait la mi-journée déjà. A cause du décalage horaire. Même le soleil puissant ne semble pas coller avec les dix heures annoncées sur le réveil. Dehors, pas un chat. Presque personne. Pas un chat mais un chapelet d’écureuils ! Vous traversez le parc Lafontaine, et ils sont des dizaines à deux mètres à peine, à vous regarder passer, ne vous regardant même pas d’ailleurs le plus souvent continuant leurs petites affaires à base de bonds et de dépiautages de graines.

Pas un sans domicile, pas un papier par terre, pas un cri, pas un coup de klaxon. Pas une once d’agressivité, d’impatience, pas un regard en biais. Comme si le monde était absolument paisible, propre, net, bien rangé. Comme si le monde tournait droit et sûr. Parce que chaque chose serait à sa place, sa juste place, parce que tout aurait été réfléchi pour que ce soit cool. Même les gens sont bien trop gentils. C’est louche. Les sourires qu’on te fait. Ce tutoiement qui crée une proximité immédiate, et pas du tout malpoli, non, juste cool. Et tu te dis que tout ce cool cache forcément des choses… Mais où est l’insécurité et la colère, la révolte et les petits actes égoïstes ? Il faudra partir à la recherche des névroses de ces gens. Comprendre. Ça tombe bien, tu as trois mois.

Au supermarché, tu es folle. Parce que tu adores faire tes courses dans tous les pays du monde. Consciencieusement, tu passes en revue chaque rayons à l’affût de denrées jamais goûtées. Puis tu choisis les plus improbables. Ici, tu es gâtée, les yeux te sortent des orbites, et bientôt tu pousseras des petits cris irrépressibles de débordement de joie. Mais ne pas se charger comme des ânes, on reviendra, on est là pour trois mois. Tu choisis, t’appliques, la soupe de haricot noirs, la sauce tomate à la vodka, les bretzels au glaçage de yaourt, les chips à la crème et au bacon, les rondelles de banane au chocolat, le jus d’orange en carafe de plastique, les bagels bio aux graines de lin, les crèmes au tapioca, les compote pommes-bleuets. Il faudra revenir pour les saucisses au cheddar, le beurre d’érable, les chips aux cornichons, le bacon à griller, etc etc etc…

Peut-être liras-tu que je suis là © SOlenn Denis

Expériences culinaires

Jeudi 10 Juillet

        A Montréal ce qui ne semble qu’à deux pas, est en fait toujours à au moins une demi-heure. Tu as beau mettre un pied devant l’autre et encore et encore et encore, le point de mire ne se rapproche pas. Pour rejoindre le parc du Mont Royal, celui là même que tu vois au bout de l’avenue, il te faudra 1h30, et un arrêt chez Schwartz, le roi des sandwich à la viande fumée, une spécialité locale à découvrir absolument selon quelques amis avertis ainsi que le guide Lonely Planet, -et voilà dans tes mains deux petites tranches de pain légèrement badigeonnée de cette espèce de sauce moutarde qui pique même pas goût Mac Donald, entre lesquelles une dizaine oui oui une dizaine de tranches de viande attendent ton croc-, pour atteindre les pelouses du parc.

C’est bon ? Vous n’arrivez pas à vous prononcer. Bon, serait un qualificatif un peu trop généreux. C’est… étrange. Ça t’étoufferait un chrétien, heureusement on ne l’est pas. Tu manges la moitié de ce truc, et ranges la viande dans la sac en papier pour plus tard. Maintenant il faudrait se balader dans la parc, vous êtes venus pour ça. Mais tes jambes en ont raz le cul de marcher, et puis il fait soif, alors vous quittez le parc pour vous poser dans le jardinet du bar-restaurant Santropol bio-healthy-machinchose.

Et, puisque c’est la journée des découvertes culinaires, audace, tu tentes le soda-crème glacée. Une boule de glace flotte dans une sorte de mousse à la limonade faite maison. Un peu genre comme un milk-shake mais au soda quoi. La première gorgée te surprend. Quand on ne connaît pas, il faut s’y reprendre à plusieurs fois avant de savoir si on aime ou pas. C’est Mac Lesgy dans E=M6 qui dit ça. Qu’il faut essayer huit fois une chose avant de savoir. Ça marche pour les épinards, la sodomie, tout ça. A la huitième gorgée, tu aimes, c’est certain maintenant.

Rues Montréal ©Solenn Denis

Les vacances en vrai

Vendredi 11 Juillet

       Les corps supergaulés et bronzés comme il faut s’étalent nonchalamment (D’une vraie nonchalance. Personne qui ne parade, et c’est à peine si ça se mate. Ça en est presque choquant pour le français de base…) autour du bassin de 25 mètres de la piscine municipale gratuite et en pleine air à deux pas de la maison, subdivisé en petites aires tout à fait bien organisées : ici les jeux d’eau avec spaghetti – le truc en mousse pour l’aquagym ou se faire des bastons, là les plongeoirs, ici le barbotage, et enfin là la ligne pour faire des longueurs.

Les quatre maîtres nageurs sur leur chaise là-haut veillent au grain et n’hésitent pas à donner du coup de sifflet si besoin ( Spaghetti dans la mauvaise aire, masque et tuba non réglementaires), figeant en un quart de seconde la totalité des baigneurs dociles, prêts à noyer le/la coupable. Dans l’aire de barbotage, tu barbotes. Tu t’appliques. Faudrait pas que tu te fasses siffler.

L’eau est à 28 degrés, le soleil cogne, on dirait les vacances en vrai.

(Du coup, tu as envie de manger une glace.)

Piscine Montréal © SOlenn Denis

Mortelle randonnée

Samedi 12 Juillet

        En bus, vous vous rendez jusqu’au parc du Mont Royal. ( Ne pas faire deux fois l’erreur. Tu sais que si tu marches déjà une heure pour y arriver, tu n’auras plus le courage ensuite de t’y promener, et tu vas encore finir à boire des sodas-glace). Là, le grand spectacle du barbecue multi-ethniques, et organisé en secteur : indien, portoricain, asiatique. Ça parle fort, en toutes langues. Des postes à musique soutiennent l’émulation. Sous le cagnard, des enfants jouent au criquet. A l’ombre, les familles suréquipées, ont dressé des tables recouvertes de victuailles, et s’agitent autour des appareils à grillades. Complètement hypnotisés par l’alléchante odeur de saucisses, vous leur faites de grands sourires, espérant qu’un groupuscule vous invitera à se joindre à eux… Échec, et mate-moi ça la bave aux coin des lèvres.

Sous-bois, vous continuez ce qu’on peut maintenant appeler une putain de randonnée, suivez Le chemin escarpé avec ses panneaux Attention chute mortelle, ses moustiques en nuée, ses écureuils, et même quelques ratons-laveurs. Marcher dans la forêt, tu adores. Quand il faut faire attention à bien lever les pieds, ne pas buter sur les racines des arbres, escalader un peu en se tenant à un tronc, redescendre en utilisant la roche naturelle en guise de marches. Et la lumière traverse, sublime, le touffus des arbres, pour donner un coup de projecteur ici ou là, révélant une toile d’araignée, une branche, ou le vert de la mousse.

Vous entamez alors la grimpette jusqu’au belvédère. Vue démente à 180° sur les plus hauts buildings du centre ville, vertige à s’approcher du bord. Grimpez encore, et finissez le calvaire comme Jésus à cette immense croix de fer-si je mens je vais en enfer, qui, la nuit, quand ses ampoules s’éclairent, doit avoir un petit côté Las Vegas plutôt amusant. Mais il est dix-sept heures, tu es surtout éblouie à la regarder en face, et a y est tu as envie d’une bière.

Croix Mont-Royal © SOlenn Denis

Comme un dimanche

Dimanche 13 Juillet

       Il pleut. Une bonne raison pour rester enfermée au 4565 rue Fabre. De toutes façons tu n’allais tout de même pas faire des randonnées chaque jour. Y’a pas écrit sportive sur ton front. En profiter pour avancer sur le montage des vidéos. Même si pour l’instant tu nages, déconfite du peu d’images exploitables, et que ce que vous allez bien pouvoir fabriquer avec cela…

L’unique sortie de la journée sera celle pour aller prendre l’air et l’apéro. Puis passer à SAQ. ( Société des Alcools Québécois, l’unique magasin où acheter de l’alcool autre que les bières.) Faut ce qu’il faut.

Le soir tombe, et toi avec. Tu écrases. La fatigue sur l’oreiller.

Détour Montréal ©SOlenn Denis

On n’est pas alcooliques, on est français

Lundi 14 Juillet

         Le marché Jean Talon s’étale dans un quartier qui pourrait ressembler à la banlieue montréalaise, plus foutraque que le centre, vaguement laissée à l’abandon. Pour le rejoindre à pieds, vous y passez des heures. Encore une fois, ce qui n’avait pas l’air loin était en fait à une petit trotte. Mais arrivée là-bas, des fruits et légumes plus beaux les uns que les autres vous font de l’œil, ainsi que quelques tables à pic-nic en plein milieu du marché. Vous achetez un petit frichti à base de smoothie, empanadas, scone, gâteaux, fraises, mangue etc… Et le réconfort est à la hauteur de la longue marche.

Sieste.

Puis, SAQ. Notre pain quotidien. Tu te rends compte qu’on y va tous les jours ? A chaque jour suffit sa peine et sa bouteille de vin. On est alcoolique ? Il dit que non. Qu’on est français. Qu’on veut notre coup de rouge. Mais moi je crois bien qu’on est alcoolique en secret.

Vous travaillez vos vidéos. Le temps long dédié au montage. Mais quelque chose semble apparaître…

Base-ball Montréal ©Solenn Denis

Le Mac

Mardi 15 Juillet

       Allongé lascivement sur le lit, les bras croisé derrière la tête, IL ressemble à une couverture de Têtu. Tu le regardes, et as envie de fredonner Juke box de George Michael. Puis, il te dit qu’il a envie d’aller au musée du Fiermonde, le musée des homosexuels. Peut-être te passe-t-il un message… D’accord chéri on ira. ( Si ça peut aider ton mec à faire son coming out…)

Mais aujourd’hui, direction le MAC et ses putes. Avant de se nourrir l’âme à ce Musée d’Art Contemporain, petit détour dans le quartier chinois dans l’échoppe de Mai Xiang Yuan où sont cuisinés les meilleurs raviolis chinois (vapeurs ou frits) de Montréal à ce qu’on dit. Après dégustation, nous confirmons : même à Belleville, t’en as jamais goûté des aussi bon ! Et avec nos deux plats de quinze raviolis, nous sommes plus que repus, éructant même, le bide en avant, prêt à éclater de joie.

Le MAC est vide et glacial. Ses toiles et sculptures te laissent dans le même état. Toi qui te régalais d’avance, tu es un peu déçue. Quelques (mauvais) dessins de Louise Bourgeois côtoient des artistes québécois qui te sont inconnus et qui, pour la plupart, le resteront sans état d’âme. Une photo archie-connue de Spencer Turick, trois sculptures de Nam June Paik très bof bof, trois d’Abramovitch à peine notables, se partagent les murs. Et puis de tout et de rien, pas grand chose surtout qui te laisse pantoise, mis à part Pulse room, l’installation complètement dingue de Rafael Lozano-Hemmer. Le plafond recouvert d’ampoules, toutes connectées à deux poignées que le visiteur empoigne et qui calculent son rythme cardiaque afin que toutes les ampoules de la salle de mettent à clignoter selon les pulsations de son cœur. L’expérience est ouf. Tu as les larmes aux yeux, tellement c’est émouvant de voir ton cœur, vivant. La salle entière qui bat à ton rythme, et les gens qui savent ton dedans, en un instant. Rien que pour ça, le MAC vaut le détour. Vraiment.

PS : L’artiste Angelica Mesiti, pour son installation Citizens Band, a filmé 4 musiciens dans l’espace public. Et on retrouve sur écran géant, Mohammed Lamourie, le merveilleux chanteur à demi aveugle accompagné de son synthé des années 80 bien connu des utilisateurs de la ligne 2 ! Depuis Montréal, on sourit. Si Paris nous manquait, le revoilà par ici…

Le hachoir atomic ©Solenn Denis

Comment prendre son pied?

Parce qu’on est tous de gros cochons. A moins que le pied ne soit celui de la lettre…  Dans ce cas, seuls quelques fétichistes en auraient pour leur débâcle…

Littérature v/s Youporn, essai 1
Filmer n’importe quoi, poser des mots dessus. Vite.

ALONE @ HOME n°10 / Comment prendre son pied?

prendre son pied © Solenn Denis

 

 

Déjeuner sur l’herbe

Dure la tête & roses les yeux © Autoportrait / Solenn Denis

Dure la tête & roses les yeux © Autoportrait / Solenn Denis

Vais voir ailleurs si j’y suis.

          Ça sent la fin de l’année. Les merguez presque, et la crème solaire. Les vacances à venir. L’année fût folle. Il faut se reposer un peu. Pas trop. Les vacances t’emmerdent. Mais vivre ailleurs. Loin. Pas faire du tourisme vraiment. Mais que ce soit l’occasion de bousculer l’inspiration et les possibles, loin de ton ici tout devient effervescent dans la tête et dans le corps. Alors vivre ailleurs. Un peu longtemps mais pas trop quand même. 3 mois.

Voilà. Les billets d’avion sont achetés, l’appartement trouvé. 3 mois à Montréal, et quelques escapades ici et là, New-York, Chicago, Toronto, chutes du Niagara, Québec, etc, on verra on verra. Tu vas le faire. Vous allez le faire. A 2 c’est mieux.

En bagage cabine, y’aura que du matos. Vous avez investi. Nouvel appareil photo, Canon 70D pour ses capacités de vidéo toptop, nouveau micro, et toujours le vieux Pentax, l’enregistreur Zoom qui reste efficace, le trépied, la poignée, l’éclairage. Oui bon, on peut l’avouer maintenant, on part faire du fiiiiiiiiiiilm!

(Et bien sûr écrire aussi hein tu peux pas t’en empêcher, puis t’en as des trucs sur le feu…)

Avignon -2014

Photo: Lola Descorde – 2013

 

Faire un truc à mi-chemin entre No sex last night de Sophie Calle, Tarnation de Jonathan Caouette, Sibérie de Joana Preiss, et Le marin masqué de Sophie Letourneur. Ou peut-être que cela n’aura rien à voir finalement avec ces journaux intimes filmés. Parce qu’en fait on s’en fout, on va faire notre truc quoi. Dans la lignée de ce que tu avais commencé avec les vidéos Alone@Home, et puis complètement autre chose surtout. On va tout se permettre, tout, pas de compte à rendre, tout ce que l’on veut et même si c’est fou. Déjà ça fourmille dans nos têtes, et ça rigole des zygomatiques!

En avant l’aventure! Découvrir, tenter, tourner, monter, revenir avec un objet pour vous. Et des petits machins qu’on postera régulièrement pour pas que loin des yeux loin du coeur soit efficient, et pour l’eau à la bouche bien sûr. (Keep in touch par ici, sur Youtube, et sur Facebook)

Nous, on en bave déjà. D’envie! (Tout en courant partout suées suées pour finir les préparatifs…) Dans 1 mois, on aura disparu. Mais t’inquiète, on t’emmène!

 

Faut toujours que tu bidouilles

Écrire. Chaque jour, il faut du temps pour en arriver à. D’abord sortir du brouillard de la nuit. En attendant, tu ne peux pourtant rester à rien faire, tu ne sais pas. Alors tu glandes sur la toile en faisant des trucs avec tes mains. Oui, d’abord tu bidouilles. Alors, seulement alors, tu pourras te mettre au travail.

HIER > Nouvelles cartes postales faites main à la manière d’un cadavre exquis au grès des mots découpés dans les journaux.


TODAY > Cadavre exquis photographique « ET MêME EN MILLE MORCEAUX, TU RESTERAS ENTIèRE » (Matériaux: Marie-Elise Ho-Van-Ba & Solenn Denis)

Et même en mille morceaux © SOlenn Denis

Et ton roman? Mon roman? J’en suis à la page 75. Tu vois, ça avance. Et ça te plaît? Quoi qui me plaît? Ce que t’écris. Bah je sais pas. Je peux pas savoir. Je suis dedans, je peux pas savoir. Tu connais Marguerite Duras? Oui. Bah elle a dit ça: « C’est impossible de parler d’un livre à quelqu’un. Un livre en train, en train de venir. C’est purement une nuit. C’est la nuit, c’est ça. Ça va me faire pleurer, je sais pas pourquoi. Comme si le livre, l’écrit, était toujours désespéré. » C’est beau. Et bah tu vois, c’est tout comme elle dit. Oui, elle est balèze Marguerite Duras. Elle a beaucoup de secrets sur le monde. La petite bonne femme est une sacrée petite boussole. Et je garde le fucking Nord.

Autant de peur que de mal

      Ça t’a pris aujourd’hui, comme une envie de. Pourtant t’en as des choses à faire, à peine rentrée de Bordeaux, des tas de trucs sur le feu et d’envies qui se sont accumulées pendant ce mois de création théâtrale. Le clavier te démangeait méchamment à l’écriture de ce qui semblerait être, page après page, un roman. Mais ça t’as pris aujourd’hui, et impossible de t’y soustraire. Irrépressible. Il fallait le faire. Nouvelle vidéo, spécial dédicace au FN, grand gagnant du premier tour des municipales, qui sera présent dans 328 communes dimanche prochain…

CLIQUER Là!

 

« On dit plus de peur que de mal. Mais j’ai aussi mal que j’ai peur. Mal des gens, peur de ce pays. Si je pense je pleure. Et si je pleure, je ne suis plus en état de marche. Alors pleurer vite, fort, pour évacuer le stress et ses toxines, et puis sécher tout ça pour marcher, en avant. Résister au coma idyllique, être en mouvement. Accepter que jamais tu ne pourras comprendre ce monde là fait de colères et de scissions et comment les gens peuvent choisir la haine de l’autre. Jamais. Ils parlent des étrangers comme des parasites, mais eux-même sont étrangers sur cette terre. Elle était là avant nous et restera après. Nous ne sommes que de passage, poussière dans l’univers. Tous venant des grands singes, ou de la cuisse de Dieu si tu préfères. Tous la même mère, la terre. Et, l’on n’arrivera à rien, si on ne défend chacun que son petit intérêt, sa petite peau, son petit fessier flasque d’être resté assis et muet et aveugle aux droits de ses pairs, frères et sœurs. Mais une chose sûre, une. Et y’en a pas beaucoup dans la vie des choses sûres. Car tout bouge, tout change, seul le monde reste bleu comme une orange. Une seule chose certaine. Votez FN, mettez-les au pouvoir, allez-y c’est bien parti, encore un peu et vous aurez gagné. Gagné un monde raciste où l’on divise les hommes pour mieux régner sur eux. Un monde où les inégalités déjà purulentes seront exponentielles. Un monde où la culture sera bâillonnée, où la différence sera éradiquée. Un monde de moutons, déjà je vous entends bêler. Et l’on n’arrivera à rien dans un monde de haine. Ma main au feu, à couper, à jeter aux lions. Je le fais, comme vous dépecez mon cœur humilié de vos rages viles. Et demain, ce sera vous, vous qui vous mordrez les doigts ayant voté sans âme. Si ce n’est vous, vos enfants ne vous pardonneront pas. Car le pays entier, celui des droits de l’Homme, mourra de vos choix insensés dictés par la peur et la mesquinerie. Autant de peur que de mal. Oui, autant. Que ce soit dit. »

Plussss qu’un printemps!

Joiiiiiiiiiie! Je suis en transe je suis en transe je suis en transe!  SStockholm c’est parti! Nous voilà arrivés, avec le Collectif Denisyak,  à Bordeaux, à peaufiner les derniers préparatifs avant la création du 4 au 21 Mars au Glob’Théâtre

SStockholm @ GLob' Théâtre

Et par ici, les petits secrets de la création, au jour le jour — > Le Blog!